Le 7 mars dernier, 160 ans se sont écoulés depuis la naissance de ce grand personnage de l’histoire tchèque qui avait ouvert l’histoire moderne de notre république. Tomáš Garrigue Masaryk, pédagogue, philosophe, homme politique et homme d’Etat, cofondateur de la République tchécoslovaque (1918) et son premier président, est un des plus importants Tchèques. Il eut une très grande influence sur la manière de penser des Tchèques et sur la vie culturelle et politique. Il reste perçu jusqu’à présent comme le symbole de la démocratie, de l’humanité et de la morale.
Masaryk naquit dans des conditions pauvres. Son père fut cocher et sa mère cuisinière. Tomas fut leur premier fils. Malgré tout, ses parents lui permirent de faire des études au lycée de Hustopeče. Plus tard, il s’inscrivit à l’Université de Vienne (1870–1876) pour y obtenir le titre de docteur en philosophie. Deux ans plus tard, il commença à y donner des conférences gratuites en qualité de maître de conférences privé (1878–1882). Entre temps, il voyagea en Allemagne et en Italie. Il passa un an à l’Université de Liepzig en Allemagne où, en 1877, il aperçut pour la première fois sa future épouse Charlotte Garrigue, Américaine venant de New York et fille d’un riche négociant américain. Il l’épousa le 15 mars 1878 et ils retournèrent ensemble à Vienne. En 1879, ils eurent une fille, Alice, et un an plus tard, un fils, Herbert. En 1886, ils eurent un deuxième fils, Jan, qui devint également homme politique. En 1891 naquit leur fille cadette, Olga.
La nécessité d’assurer des revenus à la famille obligea Masaryk à chercher un poste mieux rémunéré. Ainsi, en 1882, il accepta un poste de professeur associé à l’Université Charles de Prague où il déménagea avec sa famille. L’université le nomma professeur titulaire en 1897. En 1885, Masaryk publia sa principale œuvre philosophique dénommée Essai d'une logique concrète : Classification des sciences.
En 1891, Masaryk s’engagea dans la politique et devint député du Parti des Jeunes Tchèques au parlement de Vienne. Dès 1883, il attira sur lui l’attention politique lorsque, dans la revue Athenaeum, il mit en doute l’authenticité des manuscrits de Kraluv Dvur (devant dater du IXe siècle) et de Zelena Hora (qui dateraient du XIIIe siècle) que les linguistes tchèques utilisaient pour prouver que le tchèque était une langue égale à l’allemand et que son histoire était également égale à celle de l'allemand. Ce sujet discuté depuis longtemps aboutit à un conflit devenu peu à peu une affaire nationale opposant les arguments scientifiques au sentiment patriotique et à la politique nationale. Masaryk défendit la revendication de prouver que les manuscrits étaient falsifiés, ce que les patriotes tchèques ne voulurent pas lui pardonner pendant longtemps car il avait trahi leurs efforts de faire remonter la conscience nationale. Masaryk fut souvent jugé par les patriotes pour ses opinions allant contre le nationalisme tchèque, dues à leur haine de tout ce qui était allemand.
Masaryk quitte la politique en 1893 pour y retourner plus tard, en 1907, en tant que représentant du Parti réaliste dont il fut également le fondateur. Il fut député pendant deux périodes électorales, jusqu’au début de la Première Guerre mondiale.
En 1914, Masaryk était déjà un personnage connu de la vie politique et académique. Il fut défenseur de la démocratie. Cependant, il considéra la réforme de l’Autriche-Hongrie comme la meilleure voie de l'évolution future. Au début de la guerre, il ne songea même pas à la création d’un nouvel Etat. Avec le temps, il commença à réaliser à quel point la monarchie des Habsbourg était sclérosée et vers quel désastre elle s’élançait.
Il se décida à joindre les alliés et quitta l’Autriche-Hongrie en 1914. Il fonda à Paris, avec Edvard Beneš et Milan Rastislav Štefánik, le Conseil national tchécoslovaque et commença à faire le nécessaire pour que les Tchèques et les Slovaques soient reconnus comme peuples des nations visant à la création d'un Etat et qu’après la domination des Habsbourg ayant duré 300 ans, un Etat indépendant des Tchèques et des Slovaques commence à exister. Il négocia avec les gouvernements anglais, russe et américain, et réussi à imposer l’éclatement de l’Autriche-Hongrie après la guerre et la naissance d’un Etat tchécoslovaque indépendant.
Le 14 octobre 1918, Masaryk devint Président du gouvernement tchécoslovaque provisoire. Quatre jours plus tard, il proclama, dans la déclaration de Washington, l’indépendance de la nation tchécoslovaque. Le 14 novembre de la même année, l’Assemblée nationale révolutionnaire élit Tomas Garrigue Masaryk Président de la nouvelle république. Son élection se déroula en son absence. Le 21 décembre 1918, Masaryk revint triomphalement à Prague et un jour plus tard, il prononça, au Château de Prague, son message à l’Assemblée nationale.
Il fut élu Président encore deux fois, en 1927 et en 1934. Il démissionna de sa fonction de Président en raison de son âge et de son très mauvais état de santé en 1935. Il vécut jusqu’à la fin de sa vie au château de Lány. Son successeur fut Edvard Beneš. Masaryk mourut le 14 octobre 1937.
Il fut, de toute son âme, démocrate et critique des passions nationales. Il lutta contre le racisme et l’antisémitisme et mit l’accent sur la morale, la religion et la connaissance scientifique. Il fut un homme d'autorité pour toute la nation et devint pour nombre de personnes le symbole de l’honnêteté, de la sagesse et de la réflexion. Son nom restera lié, pour toujours, à la naissance de l’Etat tchécoslovaque indépendant.