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Remise en cause de la reconnaissance du Kosovo, ou quand Miloš Zeman fait du Miloš Zeman

 
photo:  (radio.cz)
 

La presse tchèque avait prévenu : en se rendant en Serbie, où il a achevé ce jeudi une visite de trois jours, le président Miloš Zeman risquait de mettre les pieds dans le plat. Cela n’a pas manqué. Après avoir confié à son homologue serbe qu’il n’aimait pas le Kosovo dès sa descente d’avion à Belgrade, le chef de l’Etat a ensuite fait part de son intention de discuter, à son retour à Prague, de la possibilité que le gouvernement tchèque renonce à la reconnaissance du Kosovo.

 
 

Ce jeudi, la remise de la médaille du Mérite à Emir Kusturica figurait au programme de la dernière journée de la visite de Miloš Zeman à Belgrade. Le célèbre réalisateur serbe, qui certes a étudié à la FAMU - l’école de cinéma de Prague -, n’a pas été choisi par hasard : son refus notamment de condamner Slobodan Milošević et les exactions serbes durant les guerres de Yougoslavie, sa participation par le passé à une manifestation contre l’indépendance du Kosovo ou encore sa prise de position en faveur de Vladimir Poutine lors de l’intervention russe en Ukraine, faisaient de l’auteur de « Chat noir, chat blanc » ou du « Temps des Gitans » le candidat idéal tout trouvé aux yeux du président tchèque et de son proche entourage.

Plus généralement, cette décoration aura tout à fait été dans le ton de son passage très remarqué à Belgrade. Accueilli à l’aéroport par son homologue Aleksandar Vučić, Miloš Zeman s’est empressé de lui confier, en anglais et à vois suffisamment haute pour être entendu par les journalistes locaux, qu’il appréciait la Serbie et les Serbes, mais pas le Kosovo. Plus loin, le chef de l’Etat a rappelé que l’actuel Premier ministre du Kosovo, Ramush Haradinaj, avait récemment été entendu à La Haye par les juges de la Cour spéciale chargée de juger les crimes de l’Armée de libération du Kosovo pour son action pendant la guerre en 1998 et 1999 :

« Un Etat à la tête duquel se trouvent des criminels de guerre ne peut pas être considéré comme appartenant à la communauté des Etats démocratiques. »

Les dirigeants serbes, qui n’en attendaient peut-être même pas tant de leur hôte, n’ont pas manqué de remercier Miloš Zeman pour ce soutien plutôt inhabituel de la part d’un représentant d’un pays, la République tchèque, qui a été parmi les premiers au sein de la communauté internationale à reconnaître, en 2008, l’indépendance du nouvel Etat kosovar.

A Belgrade, certains n’ont cependant pas la mémoire courte. Ainsi, le journal Danas, qui est considéré comme le quotidien indépendant de référence en Serbie, a publié un long portrait du président tchèque intitulé « Qui est cet homme qui n’aime pas le Kosovo ». Un article dans lequel son auteur a rappelé que c’est justement lui, Miloš Zeman, qui, en 1999, avait décidé de la participation tchèque au bombardement de la Serbie par les forces de l’OTAN.

A Prague, les déclarations du chef de l’Etat ont bien entendu suscité de nombreuses réactions. Mais la volonté de Miloš Zeman de débattre d’un éventuel renoncement de la reconnaissance du Kosovo par le gouvernement tchèque ne peut pas être considérée avec sérieux, selon le ministre des Affaires étrangères, Tomáš Petříček, qui s’est empressé de couper à tout débat :

« Même si je ne vois pas de raisons à cela, je suis bien entendu ouvert à la discussion. Mais je rappelle que la priorité de la politique étrangère de la République tchèque dans la région, est la stabilisation de la situation dans les Balkans de l’Ouest. »

Dès mardi, Tomáš Petříček avait d’ailleurs rappelé que si Prague soutenait la candidature d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne, il avait aussi encouragé le dialogue entre Belgrade et Pristina de façon à normaliser les relations entre les deux pays lors de la visite de son homologue serbe au printemps dernier. Autrement dit, en provoquant de la sorte comme il en a pris l’habitude, Miloš Zeman n’a finalement rien fait d’autre que du Miloš Zeman.

 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 12.09.2019
 
 
 

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