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Euphorica : quatre « princesses rock’n roll » sur les routes

 
photo:  (radio.cz)
 

Elles sont quatre musiciennes, et comme le suggère le nom de leur groupe, Euphorica, pleines d’énergie mais aussi d’enthousiasme pour faire découvrir au public les chansons qu’elles ont choisi d’interpréter. Etiqueté world-music, le groupe puise son inspiration aussi bien dans le fonds de musique ancienne, et plus particulièrement médiévale, que dans les chansons populaires et traditionnelles tchèques ou moraves, bretonnes ou balkaniques. Rencontre avec Iva Šářecová qui chante, joue de la guitare et de la cistre, un instrument à cordes qui remonte au XVe siècle.

 

Les Français auront sans doute reconnu les premières notes et la mélodie de cette chanson, popularisée par le célèbre musicien breton Alan Stivell, et dont le morceau à la harpe celtique a été bien moins heureusement pompé à la fin des années 1990 par le groupe de rap Manau dans son single à succès, La Tribu de Dana. Tri Martolod est en fait une chanson traditionnelle bretonne qui remonterait au XIXe siècle, et qui aujourd’hui, grâce à Alan Stivell, fait partie des plus connues du fonds breton.

Dans leurs recherches de musiques populaires traditionnelles, les quatre musiciennes d’Euphorica ne pouvaient pas faire l’impasse sur cette balade évoquant le voyage de trois marins, comme nous le décrit Iva Šářecová :

« Tri Martolod était une chanson que nous voulions jouer parce qu’elle nous plaît énormément. Personnellement, j’ai fait des danses irlandaises autrefois, donc j’ai un atavisme pour tout ce qui est celtique au départ. La musique bretonne est vraiment sympa parce que d’une certaine façon, il y a le côté chic français ! C’est ma même chose avec l’occitan. L’Occitanie est un tout petit territoire à cheval entre l’Espagne et la France. Quand vous écoutez les chansons, vous reconnaissez quelque chose comme du français, mais avec des mélodies plus espagnoles. »

Le groupe Euphorica est né en 2007 de la séparation d’une ancienne formation, Psalteria, également spécialisée dans la musique ancienne. Pour Iva Šářecová, s’orienter vers ce type de musique n’était à l’origine pas du tout une évidence :

« En fait, à l’origine ça ne m’attirait pas vraiment. Ce que je voulais, c’était jouer dans un groupe de rock ! Mais bon, il se trouve que ma voix n’est pas vraiment très rock. A l’époque, je faisais donc des danses irlandaises, et c’est par ce biais que j’ai commencé à participer au festival Hrády a zámky, dans les châteaux de République tchèque. J’y ai rencontré les membres du groupe Psalteria. Et ça m’a plu. Et justement, elles cherchaient quelqu’un qui pourrait jouer à la guitare. En ce qui concerne la musique ancienne, je l’ai donc un peu découverte par hasard. Mais je suis totalement tombée amoureuse… Le côté traditionnel est vraiment important pour moi. Quand on lit les traductions des chansons, on se rend compte que les textes puisent dans la vie quotidienne. Ecouter de la musique pop actuelle ne m’apporte au contraire rien de spécial. Alors que ces chansons anciennes parlent de la vie et finalement, ce qui s’y raconte n’est guère différent d’aujourd’hui. Que ce soit vieux de 700 ans ou pas, les problématiques sont les mêmes ! »

De manière générale, la musique ancienne, qu’elle soit médiévale ou baroque connaît un renouveau depuis plusieurs dizaines d’années. Mais ce sont souvent des groupes plus typés folk ou folk-rock qui sont parvenus à populariser le genre auprès d’un plus large public que les auditoires de musique classique. En France, le groupe Malicorne, formé en 1973, en est un bon exemple, et il n’est guère étonnant qu’un de ses membres fondateurs, Gabriel Yacoub ait fait un bout de chemin professionnel avec Alan Stivell. Remettre au goût du jour des chants médiévaux, mais aussi le répertoire traditionnel des régions, d’ailleurs parfois tout aussi ancien, est une tendance qui accompagne l’envie d’authenticité également suscité par toute la vague de la world-music.

Iva Šářecová détaille dans quel fonds musical elle et ses trois comparses vont puiser pour composer leur répertoire :

« Nous allons puiser dans les chansons espagnoles de l’époque d’Alphonse X de Castille, au XIIIe siècle. Ce roi est connu pour avoir collectionné plus de 400 chansons qu’il a fait copier. C’est assez incroyable parce que grâce à cela, la musique s’est conservée et ce sont parfois des textes qui sont chantés par les gens encore de nos jours. Nous nous spécialisons dans la musique profane, donc celle qui se jouait devant les églises. Nous avons aussi quelques chants liturgiques mais plutôt ceux qui sont joyeux et enlevés. Evidemment, même si nous jouons sur des instruments anciens, nous ne les interprétons pas comme à l’époque : nous prenons la mélodie et nous l’adaptons avec nos arrangements, pour que cela corresponde au son de notre groupe Euphorica. »

Depuis la création du groupe, les quatre musiciennes ont élargi leur répertoire à toutes sortes d’autres musiques populaires, y intégrant des textes des Balkans, d’Italie du Nord, de Bretagne donc, et d’autres régions d’Europe. La musique populaire traditionnelle de Bohême et de Moravie n’en est pas pour autant oubliée, comme le précise encore Iva Šářecová :

« Nous interprétons des chansons folkloriques tchèques, dans le style de ce que peut faire le groupe Čechomor. Personnellement j’aime beaucoup ces chansons tchèques traditionnelles, et surtout moraves. Par contre, il existe peu de chansons médiévales tchèques. Mis à part le célèbre Ktož jsú boží bojovníci (Vous les combattants de Dieu, chant de guerre hussite, ndlr). Mais bon, je ne vois pas vraiment un groupe de filles chanter ça ! D’après ce dont je me souviens de mes cours d’histoire, ce n’est qu’à partir de Charles IV et plus tard, que le tchèque devient plus répandu même dans les plus hautes sphères. Avant, je pense que les chants étaient surtout composés pour des chœurs et étaient en latin. Et c’étaient des chants d’église. Il est vrai que nous avons quand même un chant de Noël tchèque, mais en latin, Collaudemus Christum Regem, extrait de l’hymnaire de Jistebnice (qui rassemble des chants liturgiques hussites du XVe siècle, ndlr) qui nous est parvenu. La plupart du temps, si certains chants existent encore, les notations ont disparu avec le temps. Et en ce qui concerne les chants en tchèque, il ne reste pratiquement rien parce que la plupart du temps, tout se transmettait à l’oral et rien n’était écrit. »

Et d’ailleurs, quel est le rapport des Tchèques à la musique ancienne ? Sont-ils amateurs de ces chants d’un autre temps, revisités par les quatre musiciennes du groupe Euphorica ?

« Les Tchèques aiment bien cette musique, mais quand on dit musique ancienne ils s’imaginent de la musique d’église en latin. Mais ce n’est pas ce qu’on fait. Un jour un ami nous a dit qu’on était des ‘princesses rock’n roll’. Je pense que c’est plutôt ça. J’essaye de rendre cette musique plus vivante pour que ce ne soit pas ennuyeux pour le public. A titre de comparaison, je crois que les plus grands amateurs de ce type de musique se trouvent en Espagne, en France, et en Allemagne. Je ne sais pas à quoi cela est dû. Les Tchèques ne vont pas aller chercher spécifiquement ce genre de musique, à moins de tomber dessus lors d’un festival dans un château. Ou alors, ce sont des gens qui aiment l’heroic fantasy, qui participent à des reconstitutions de joutes et de batailles médiévales, en costumes… »

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 12.01.2019
 
 
 

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