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Frankoscény, l’art du théâtre en français pour des lycéens d’Europe centrale

 
photo:  (Eric Cénat (à droite), photo: Štěpánka Budková)
 

Appelé Frankoscény, un grand festival de théâtre lycéen francophone se tiendra à Pardubice de vendredi à dimanche. Durant trois jours de spectacles et d’ateliers, ses participants, élèves et professeurs d’une dizaine d’écoles de toute la République tchèque, mais aussi de Slovaquie, de Hongrie et de Roumanie, auront l’occasion d’échanger en français sur leur pratique de l’art dramatique. Directeur artistique de la compagnie du Théâtre de l’Imprévu à Orléans, Eric Cénat est l’organisateur de ce festival. Avant de prendre la route du Théâtre de la Bohême de l’Est, Eric Cénat, qui depuis maintenant plus de dix ans multiplie les échanges avec la République tchèque, est passé dans les studios de Radio Prague pour en dire un peu plus sur le programme :

 

« Chaque troupe d’étudiants présente un spectacle de vingt à trente-cinq minutes et assiste aux autres représentations. Le vendredi soir est prévue une scène ouverte, c’est-à-dire que chaque troupe présente ce dont elle a envie : une danse, une chanson, un sketch, des poèmes… Le samedi soir il y aura un spectacle professionnel de Kateřina Janečková qui s’intitule ‘Tomate et concombre’ et qui est basé uniquement sur du théâtre de mouvement. Ainsi donc, tout le monde comprendra. Les participants ont aussi droit à trois heures d’activités artistiques avec des metteurs en scène et autres professionnels, et à une visite de la ville de Pardubice. C’est donc un programme très dense qui attend tous ces jeunes gens trois jours durant. »

Ce festival fait suite à un autre festival du même genre – Festivadlo – dont la dernière édition en 2018 s’est tenue aussi à Pardubice…

« Effectivement, Festivadlo, c’est une longue histoire. C’est un festival qui s’est d’abord tenu à Brno. Mais il était un peu en difficulté, et c’est ainsi que j’ai eu l’idée de le reprendre. Et pourquoi à Pardubice ? Parce que la compagnie de théâtre dont je suis à la tête à Orléans se trouve dans la région du Centre-Val de Loire, qui est jumelée avec la région de Pardubice. Tous les moyens étaient donc réunis pour monter ce festival avec deux régions partenaires et l’Alliance française de Pardubice. Le Théâtre de Bohême de l’Est, que je connais bien, possède une petite scène qui est idéale pour accueillir des jeunes comédiens, car elle n’est pas trop impressionnante. »

« En fait, la 20e édition du Festivadlo s’est tenue à Prague, puis la 21e en 2018 à Pardubice. Mais comme le nom ne m’appartenait pas, il m’apparaissait important d’avoir mon propre festival, et c’est comme ça que Frankoscény a vu le jour. »

Douze troupes participeront à cette première édition de Frankoscény ? Est-ce beaucoup ? Pas beaucoup ?

« Sur trois jours, c’est le maximum possible. L’année dernière nous en avions eu neuf… Mais nous sommes presque victimes de notre succès, car d’autres troupes encore voulaient participer cette année et nous avons été contraints de les refuser. D’abord parce que nous sommes limités en place, il n’y en a que 130 dans la salle, et puis il ne faut pas non plus que cela devienne un abattage de spectacles. Il faut laisser le temps aux troupes de bien répéter et il est donc important que tout se passe dans de bonnes conditions. Mieux vaut avoir moins de monde pour pouvoir bien accueillir et avoir des spectacles présentés dans des conditions optimales. »

Quels seront les spectacles présentés ?

« C’est bien sûr ce qui, personnellement, m’intéresse le plus ! C’est essentiellement du théâtre francophone, mais avec des auteurs très différents. Il y aura donc ainsi par exemple même du Pierre Desproges, du Borias Vian, de l’Emmanuel Roblès, mais aussi des auteurs contemporains comme Joël Pommerat… Cette pluralité est très intéressante. Et je n’oublie pas les créations collectives où on ne part pas d’un texte déjà écrit, mais d’un imaginaire complet. »

Vous êtes un homme de théâtre dont la langue d’expression est le français, la langue maternelle. Avez-vous une idée de la difficulté que représente pour ces étudiants étrangers le fait de jouer en français ?

« Absolument. J’ai beaucoup expérimenté la chose, car j’ai déjà monté sept spectacles en français avec des lycéens tchèques. Par exemple, quand ils découvrent un texte, ils butent sur la plupart des mots ou ne comprennent pas bien. C’est donc une difficulté majeure et il arrive qu’à la première lecture on se demande comment on va pouvoir s’y prendre pour arriver à monter un spectacle. C’est à force de répétitions qu’on y parvient. »

« Mais je tiens à dire que les professeurs de français font un travail remarquable. Non seulement ce sont eux qui mettent en scène leurs élèves, mais ils leur expliquent aussi le sens du texte, la prononciation… Sans eux, aucun spectacle ne serait possible. »

« Vous savez, ne serait-ce qu’interpréter un rôle est difficile, même dans sa propre langue. Alors imaginez dans une autre langue. Personnellement, si je devais jouer un spectacle en tchèque… Il ne s’agit pas seulement d’apprendre un texte et sa prononciation par cœur, il faut aussi le ressentir pour pouvoir s’exprimer. »

Les troupes réagissent-elles entre elles aux différents spectacles ?

« J’espère ! Le but est précisément qu’elles se regardent bien et qu’elles s’apprécient. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai souhaité qu’il n’y ait pas de remise de prix, même si c’est la tradition dans les festivals. Personnellement, je trouve que la concurrence empêche de regarder les autres spectacles avec générosité. On a toujours tendance à comparer, et je ne veux pas qu’il y ait de tension dans ce festival. Cela doit être une fête du théâtre. L’esprit de compétition, c’est bon pour le sport, que j’aime d’ailleurs aussi beaucoup.

C’est aussi pourquoi nous mélangeons beaucoup les élèves dans les ateliers, car ceux-ci leur permettent de se découvrir, d’échanger et de s’ouvrir aux autres. »

Quelles conditions les troupes doivent-elles remplir pour participer à ce festival ?

« Toutes les troupes ne sont pas en mesure de présenter un spectacle d’une durée de vingt à trente-cinq minutes. Cela nous permet donc d’avoir des troupes quand même pas mal aguerries. Je connais bien les professeurs tchèques et je sais que ce sont des gens très expérimentés. A chaque fois, nous assistons donc à des productions étonnantes et de belle qualité avec un français très bien rendu. »

Le festival est-il ouvert au public ?

« Malheureusement, le festival est un peu refermé sur lui-même, d’abord parce que la salle ne compte que 130 places, soit à peu près le nombre de participants. Il faudrait que l’on joue dans la grande salle avec ses 400 places du Théâtre de Bohême de l’Est pour accueillir du public. Après, nous sommes aussi confrontés à des enjeux économiques, car cela coûte cher. Et jouer sur une grande scène est moins évident que de se produire sur un plus petit plateau plus familier où on est proche du public. Bref, il y a différentes contraintes. Ceci dit, nous avons envie d’ouvrir le festival, car il pourrait être intéressant pour beaucoup de monde de voir ce qui s’y passe. »

Entre le Théâtre de l’Imprévu et la République tchèque, c’est désormais plus de dix ans de coopération. Quels sont donc vos prochains projets, cette fois plus accessibles pour le grand public ?

« Je coopère depuis quelque temps déjà avec le Théâtre de Bohême de l’Est, qui avait accueilli une de nos productions qui s’appelait ‘Opération Roméo, Tchécoslovaquie 1984’. L’année dernière, nous avons créé un cabaret qui s’appelait ‘Amours à la parisienne’ (Láska v Paříží, en tchèque) avec une dimension franco-tchèque dans le sens où six ou sept artistes des deux langues étaient sur scène, y compris des comédiens de la troupe du Théâtre de Bohême de l’Est. Comme ça s’est très bien passé, le directeur m’a proposé de travailler sur un autre projet, et j’aimerais donc bien monter un spectacle autour des chansons de cinéma des années 1960, du cinéma français comme tchèque de l’époque. Cela est prévu pour le début de l’année 2020. »

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 10.04.2019
 
 
 

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