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Bons baisers du festival de Jihlava

 
photo:  (radio.cz)
 

Il a plu, il a fait froid et il a venté la semaine écoulée dans la région de Vysočina, au cœur de la Tchéquie. Des conditions tout à fait idéales pour profiter du festival international du film documentaire de Jihlava, dont la 21e édition s’est achevée ce dimanche. Radio Prague était réfugié dans les salles de cinéma de la ville. Récit.

 
 
Un festival « extrêmement important » pour le documentaire

« Généralement quand on pense aux festivals d’Europe, on pense toujours aux mêmes, c’est-à-dire Berlin, Rotterdam et c’est à peu près tout. Peut-être un peu Karlovy Vary mais c’est déjà très lointain. Là les gens commencent à se rendre compte qu’il est important de venir montrer son film ici, que le public est très réceptif, que cela met en confiance. Le public est quand même très bienveillant. Il n’y a pas de question piège comme on peut avoir en France et c’est aussi important pour lancer un film. »

A Jihlava, Thomas Jenkoe a maintenant ses repères. Réalisateur du film Souvenirs de Géhenne, montré au festival en 2015, c’est en tant que producteur que le cinéaste était présent pour cette édition. Il y présentait l’œuvre Je ne me souviens de rien, de Diane Sara Bouzgarrou, et il y a de fortes chances de le recroiser dans les rues de la paisible petite ville de Vysočina dans les années à venir :

« Je pense que c’est un festival, pour le documentaire, qui est extrêmement important en Europe, et qui tend à le devenir de plus en plus. Je pense que les gens se rendent compte, dans le milieu du documentaire, que c’est un festival où il faut absolument montrer son film pour en assurer une bonne visibilité aussi par la suite. »

Plébiscité par les professionnels, le festival l’est aussi par les spectateurs, qu’on recroise souvent d’une année à l’autre dans les huit salles de projection mobilisés pour l'événement. Parmi eux, il y a par exemple Julien, un vieil habitué de Jihlava :

« C’est un peu comme une tradition. On a la curiosité de voir comment les sujets évoluent, de voir la nouveauté, plutôt que le recyclage de ce qui a déjà été fait, de voir comment les réalisateurs et les producteurs innovent. »

Une édition 2017 sous le signe du film tchèque…

La curiosité de Julien a été comblée cette année. 342 films étaient projetés durant les cinq jours que dure la manifestation. C’est presque trop. De l’avis général, la 21e édition du festival a fait la part belle, plus qu’à l’habitude, à la production cinématographique tchèque. Et elle est plutôt riche : dans la section Česká radost (Plaisir tchèque), on pouvait aussi bien découvrir le quotidien d’un foyer vietnamien en Tchéquie avec Bo Hai, les questionnements sur les formes multiples que prend la famille au XXIe siècle avec Nerodič (Non-parent) ou bien encore un projet aussi intimiste et expérimental que Všechno má svůj čas (Toute chose a son temps), auréolé d’une mention spéciale du jury.

Il y a toujours, immanquablement, des documentaires qui plongent dans le passé communiste de la République tchèque. Cette année, le plus digne représentant de ce genre était Milda, un portrait de Milouš Jakeš, le dernier secrétaire général du parti avant la chute du communisme. Le film montre les deux facettes du personnage : le pépé aujourd’hui âgé de 95 ans finalement assez attachant, mais aussi l’idéologue qui est toujours incapable de reconnaître les erreurs et les crimes commis lors du précédent régime. Le réalisateur, Pavel Křemen, évoque l’origine du projet :

« Il y a sept ans, j’ai tourné un film sur un ancien hôtel communiste acheté par un riche homme qui voulait le détruire. Jakeš vivait à quelques rues et nous l’avons invité. C’est là que j’ai décidé qu’il fallait faire ce documentaire. [ …] Il est arrivé sur ce chantier de démolition et les ouvriers ont commencé à se rassembler autour de lui. Certains, c’était visible, avaient envie de l’agresser pour son passé et d’autres ont commencé à faire des selfies avec lui. C’est à ce moment que j’ai réalisé que c’était un personnage intéressant qui faisait toujours réagir les gens. »

Figure majeur du documentaire tchèque, Helena Třeštíková était aussi de la partie. Cinéaste reconnue pour ses travaux sur le très long terme, elle présentait à Jihlava la troisième partie de ses Etudes conjugales. Depuis maintenant près de quarante ans, elle a filmé régulièrement le devenir de six couples mariés, des personnages choisis au début des années 1980 totalement au hasard :

« Nous cherchions des gens, sans enfant, entre 18 et 23 ans, l’âge auquel on se mariait alors le plus souvent et, quand des personnes correspondaient à ces critères, nous leur faisions part de nos projets. Elles étaient très étonnées. Il n’y avait alors pas de téléréalité. C’était une sorte de demande extraterrestre, très atypique. Et tout simplement, avec ceux qui disaient oui, nous commencions à tourner. C’était un pur hasard ! »

La sensation tchèque de cette édition, c’est sans doute le film Hranice práce (La Frontière du travail), de la cinéaste Apolena Rychlíková. Son documentaire, réalisé pour la Télévision tchèque, suit l’expérience de la journaliste Saša Uhlová, qui pendant plusieurs mois à enchaîner des emplois payés au salaire minimum…

…mais pas seulement

Il ne faudrait pas croire pour autant à une baisse de régime de la programmation des films internationaux. Aux côtés des traditionnelles catégories Opus Bonum, Mezi moři (Entre les mers) et Fascinace, de nouvelles sections compétitives ont été introduites cette année, symbole de la volonté du festival de se développer encore davantage. L’une de ces nouvelles catégories, c’est la section Témoignage sur la politique et, dans le jury, on trouvait justement Saša Uhlová :

« Pour moi c’était dur, parce que, en fait, j’aime pas trop les documentaires. Ou bien je trouve qu’ils ne sont pas bien faits et je m’ennuie. Ou, plus souvent encore, le problème est qu’ils sont bien faits, et moi je souffre. Parce que si le documentaire traite un thème important, cela fait souvent réfléchir. Je pense réfléchir beaucoup mais je suis assez sensible à la souffrance des gens ou quand les situations sont difficiles pour les gens. Et c’est souvent le thème des documentaires donc j’ai pas très bien vécu cette expérience… »

Jihlava, c’est enfin le souhait de transmettre l’histoire des œuvres et des cinéastes qui ont marqué la discipline. Le grand Marcel Ophüls, l’auteur du Chagrin et la Pitié, de Memory of Justice, de Hôtel Terminus, était l’invité de marque du cru 2017 du festival. Une rétrospective lui était consacrée. Une autre l’était pour Jean Rouch, le pionnier du cinéma ethnographique, à l’occasion du centenaire de sa naissance. C’est l’universitaire David Čeněk, qui s’est occupé de cette programmation :

« Comment faire cette programmation pour montrer la diversité de l’œuvre de Jean Rouch ? Parce qu’il y a vraiment de tout, il y a de la fiction, il y a des films de la Nouvelle Vague, il y a vraiment des films purement anthropologiques. Pour moi, c’était une occasion de promouvoir un peu le cinéma de Jean Rouch qui est peu connu. C’est-à-dire qu’on commence avec cette programmation à Jihlava, mais après aux Archives nationales du film, dans la salle de BonRepo à Prague, il y aura encore une programmation consacrée à Jean Rouch de février à avril. »

« Ne pas trop aimer les documentaires », comme Saša Uhlová, n’est donc pas une raison suffisante pour ne pas aller à Jihlava. On y trouvera toujours de quoi faire et les salles obscures sont des abris commodes contre la pluie, le froid et le vent.

 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 30.10.2017
 
 
 

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