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Jan Kašník, un jeune Tchèque candidat en France pour les européennes

 
photo:  (radio.cz)
 

Ils sont quelques citoyens tchèques à être candidats à l'étranger sur des listes pour les élections européennes de ce week-end. En Allemagne, en Finlande et au Luxembourg il y a notamment trois Tchèques qui figurent sur la liste du Parti Pirate local. En France, un jeune étudiant tchèque installé à Dijon, Jan Kašník, a lui aussi décidé de se lancer dans la course, sur la liste Génération.s:

 
Meilleur bachelier de la région

« J’ai 21 ans, je suis Tchèque, cela fait cinq ans que je suis à Dijon, où j’ai étudié au lycée et je suis maintenant en deuxième année à Sciences-Po. »

Tu t’es fait remarquer à Dijon il y a deux ans avec un résultat phénoménal au baccaluréat… ()

« Oui, j’ai passé un bac ES avec 20/20 de moyenne, donc j’étais le meilleur bachelier de Côte d’Or. Le seul bémol c’est que je n’ai eu que 10/20 en sport… »

Même avec 10/20 en sport tu as réussi à avoir 20/20 de moyenne ??

« Oui, parce que j’ai bien réussi dans les autres épreuves et avec mes options – histoire/géo en anglais et tchèque – cela a compensé… »

D’où est venue cette idée de venir à Dijon à l’origine ?

« L’idée était très simple à la base : je voulais juste améliorer mon niveau de français. J’ai cherché sur internet et suis tombé sur les sections tchèques en France. Ce qui m’a beaucoup séduit c’est l’idée de passer trois ans ici et pas seulement une année, avec au bout la possibilité d’avoir un baccalauréat français et d’avoir l’équivalence du diplôme tchèque. »

Est-ce que cela a été difficile de réussir le concours pour aller au lycée Carnot de Dijon ?

« C’est vrai qu’il y a une sélection. Je n’ai pas trouvé les écrits particulièrement difficiles ; ce qui était plus stressant pour moi c’était l’entretien, parce que je ne savais pas trop à quoi m’attendre. »

Et l’internat, l’éloignement de la famille et des amis, cela a été compliqué au début ?

« Pas tant que ça finalement, parce que comme on est 18 élèves tchèques au lycée Carnot cela fait une petite communauté tchèque et on savait comment ça se passait grâce aux plus anciens, donc cela a été une transition plutôt douce. »

Dijon est vraisemblablement à ton goût, puisque tu as choisi d’y rester pour tes études et d’intégrer Sciences-Po Dijon. Le choix a été rapide pour toi ?

« Pas tout à fait. Le choix de Sciences-Po, oui. Après, j’ai hésité entre Sciences-Po Dijon et Sciences-Po Poitiers. J’ai choisi Dijon au final, parce qu’effectivement je venais d’y passer trois ans et parce que le campus ici est spécialisé sur l’Union européenne et sur l’Europe centrale et orientale. »

Engagé dès en 2017 pour l'élection présidentielle française

D’où est venue cette idée d’être candidat sur une liste française pour les élections européennes ?

« En fait j’étais déjà politiquement engagé avant les élections européennes. Je suis entré aux jeunesses socialistes (MJS) avant les élections présidentielles. J’ai donc fait campagne pour Benoît Hamon pour l’élection présidentielle. J’ai été déçu par la manière dont s’est déroulée la campagne, déçu par l’attitude du Parti Socialiste. Donc au moment où Benoît Hamon a lancé son mouvement du 1er juillet je l’ai suivi et ai fait partie de son mouvement depuis le début. »

« Ce qui m’a beaucoup séduit sur cette liste Génération.s pour les européennes c’est que nous sommes le premier parti transnational : il y a 14 partis dans 10 pays différents en Europe qui se sont mis autour de la même table et élaboré un programme commun, identique dans tous ces pays. Donc en attendant les listes transnationales, qui seraient selon moi très bénéfiques, on a déjà fait des choses dans ce sens et cela m’a plu. »

La campagne présidentielle de Benoît Hamon s’est soldée par un échec assez retentissant. Est-ce qu’on a appris des erreurs du passé récent ?

« Je peux dire que ceux qui sont restés avec Benoît Hamon se sont confortés dans l’idée qu’un mouvement de gauche doit d’abord être clair et cohérent avec lui-même, c’est-à-dire affirmer son identité de gauche et ne pas faire de compromis avec le libéralisme – je pense que c’est la plus grande distinction aujourd’hui avec le Parti Socialiste. »

« Beaucoup de Tchèques n’ont toujours pas la capacité de comprendre que la gauche ne veut pas forcément dire un régime totalitaire »

Est-ce parfois difficile à comprendre pour des Tchèques, quand tu retournes au pays, que tu t’engages dans un tel mouvement ?

« Le fait que je m’engage politiquement est plutôt bien vu. Après, effectivement, le fait que je m’engage dans un mouvement bien ancré à gauche et qui a longtemps négocié aussi avec le parti communiste pour lancer des alliances, c’est vrai que c’est problématique. C’est toujours un peu le complexe tchèque lié à l’avant 1989, parce que je dirais que beaucoup de Tchèques n’ont toujours pas la capacité de comprendre que la gauche ne veut pas forcément dire un régime totalitaire ; je pense qu’il est temps de tourner la page… »

Ce n’est pas simple pour certains de faire abstraction de ce passé totalitaire en République tchèque…

« Effectivement, mais on voit bien rien qu’en comparant les programmes du PC tchèque et du PC français qu’on n’est pas du tout sur la même longueur d’ondes sur beaucoup de sujets. »

En quelle position es-tu sur la liste Génération.s ?

« Je suis en 63è position, donc non-éligible, mais c’est déjà très bien et je ne me plains pas. »

En cas de succès, dans quel groupe siégeront les nouveaux eurodéputés issus de vos listes ?

« Notre idée, en nous présentant dans une dizaine de pays, est de créer un nouveau groupe parlementaire. Il suffit de 25 élus pour en former un. Nous dénonçons la grande alliance gauche-droite au pouvoir actuellement au parlement européen. Le mois dernier il y avait par exemple un vote sur les ventes d’armes aux pays tiers. Un de nos trois eurodéputés actuels a déposé des amendements éthiques pour faire en sorte que l’UE ne vende pas d’armes à des pays comme l’Arabie saoudite. Les socialistes français ont voté avec la droite contre ces amendements, parce qu’il y avait une logique d’alliance, avec laquelle nous voulons rompre. »

Tu penses continuer après ces élections européennes ?

« Oui, il n’y a pas de raison d’arrêter. J’ai adhéré au mouvement de Benoît Hamon parce que je suis convaincu par ses idées, donc oui je vais continuer après. »

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 21.05.2019
 
 
 

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