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20 ans dans l’OTAN : « Un bilan globalement positif pour la République tchèque »

 
photo:  (radio.cz)
 

L’anniversaire de l’adhésion à l’OTAN pourrait être un événement plutôt anodin dans certains pays – mais dans ceux de l’ancien bloc communiste, l’entrée dans l’Organisation du traité Atlantique nord a marqué un véritable tournant. Donc son vingtième anniversaire est célébré de manière très officielle ce mardi, en République tchèque aussi. Signe qui ne trompe pas : à Prague, comme pour les jours de fête nationale, le drapeau tricolore du pays a été accroché à l’avant des tramways, ainsi que le drapeau bleu de l’OTAN. Martin Michelot, chercheur à l’institut Europeum, est basé à Bruxelles, où il travaille notamment sur les questions de défense et sur le lien transatlantique qu’entretiennent les pays d’Europe centrale et orientale. Pour Radio Prague il a d'abord évoqué le bilan des ces deux décennies:

 
 

« Le bilan est globalement positif voire très positif, dans la mesure où l’adhésion à l’OTAN a permis d’ancrer la République tchèque dans le système de sécurité euro-atlantique et lui a permis, une fois ce bouclier militaire américain et otanien assuré, de se développer par ailleurs en tant qu’acteur à part entière de l’UE tout en développant des compétences militaires qu’elle possédait déjà traditionnellement. »

« Ensuite on peut aussi souligner le fait que l’appartenance à l’OTAN a permis à Prague de se mettre en avant sur certains dossiers internationaux – notamment ces dernières années sur la dissuasion par rapport à la Russie ou sur les opérations dans les Balkans. On peut dire que l’adhésion à l’OTAN est pour la Tchéquie un multiplicateur de puissance, de confiance aussi, qui lui a permis d’être un pays solide et stable au cœur de l’Europe. »

« Si on reprend la question du point de vue de l’OTAN, les élargissements à la République tchèque et aux pays voisins, d’abord en 1999 puis en 2004, le bilan et très largement positif. »

L'intervention en Yougoslavie ou qu'est-ce qu'un bon allié

Très peu de temps après l’adhésion de Prague à l’OTAN il a été question de l’intervention et du bombardement en ex-Yougoslavie. Dans un entretien cette semaine, Miloš Zeman estime que cela a été une erreur…

L'intervention en Yougoslavie a d'emblée initié une discussion sur ce que signifie être un bon allié

« C’est vrai qu’à l’époque cela avait marqué parce que l’intervention, quelques mois après l’adhésion en 1999, allait contre les intérêts nationaux tchèques. Il y a eu une discussion au conseil des ambassadeurs auprès de l’OTAN… »

A une époque où Václav Havel était président et Miloš Zeman, actuel président, était chef du gouvernement…

« Oui et les deux étaient plutôt d’accord sur le fait que l’OTAN ne devrait pas intervenir au Kosovo, mais ils ont fini par accepter. Mais plus que sur l’intervention en elle-même il y a eu une discussion sur ce que signifie être un bon allié. Est-ce que cela veut dire renoncer à certaines de ses convictions pour participer à un effort collectif ? Et cette question à dimension historique et quasiment philosophique revient souvent – par exemple à propos de la participation tchèque à l’opération européenne au Mali ou dans la lutte contre l’Etat islamique. »

Et vu de Washington aujourd’hui, la République tchèque est-elle considérée comme un bon allié ? Les relations tchéco-américaines ont été marquées pendant de très longs mois au début des années 2000 par cet épisode du projet de radar américain, finalement jamais installé sur le territoire tchèque. Où en est-on aujourd’hui ?

En République tchèque, le fait qu'Obama annule le projet de radar a été perçu très négativement

« L’épisode du radar est symbolique de la schizophrénie par rapport à la relation transatlantique en République tchèque. Quand on parle à des Français, Allemands ou Britanniques, l’arrivée de Barack Obama au pouvoir a été considérée comme un grand progrès par rapport à la présidence de George W. Bush. Mais en République tchèque, le fait qu’Obama annule ce projet de radar en arrivant au pouvoir a été perçu très négativement. C’est assez symbolique du désir permanent qu’ont les Tchèques d’un engagement américain dans le pays. Après 2008, ce désir d’engagement a eu tendance à baisser et aujourd’hui certaines voix à Prague louent aujourd’hui la présidence Trump car elle redonne du piment à la relation bilatérale entre Washington et Prague. »

« Il y a toujours une dichotomie dans le discours tchèque mais aujourd’hui la tendance politique qui l’emporte est plutôt celle d’un ancrage fort au sein de l’OTAN. Après, du côté américain la République tchèque est considérée comme un bon allié mais si vous posez la question à Donald Trump, ce qui l’intéresse avant tout est de savoir combien les Tchèques consacre à leurs dépenses militaires, et avec 1,1% du PIB il les considère comme insuffisantes… »

2% du PIB pour la défense: un engagement difficile à respecter

Le Premier ministre tchèque était la semaine dernière à Washington et a confirmé l’engagement pris d’augmenter la part du budget consacré à la dépense et d’atteindre les 2% du PIB en 2024…

« C’est un engagement qui avait déjà été pris au sommet de l’OTAN au Pays de Galles en 2014 par le précédent gouvernement tchèque de Bohuslav Sobotka. La vraie question est de savoir si cet engagement va être tenu. Quand on regarde la manière dont l’argent est dépensé par rapport à la croissance du PIB tchèque, 2% du PIB représente des sommes assez colossales et les contrats d’armement ont ces derniers temps du mal à se mettre en place. On peut donc être relativement sceptique quant à cet engagement. »

« Cela fait notamment cinq ou six ans que l’Etat-major tchèque est engagé dans la modernisation de sa flotte d’hélicoptères – de combat et de transport. Il y a d’abord eu des rumeurs selon lesquelles ce serait des hélicoptères américains puis une réouverture de l’appel d’offres à des constructeurs européens. Babiš en a reparlé à Washington mais rien n’est encore fait. »

Comme dans bon nombre d’autres pays, les contrats d’armement en République tchèque ont été entachés de soupçons – parfois avérés – de corruption. Les moyens de contourner la loi sont-ils plus restreints aujourd’hui ?

« Techniquement, il n’y a pas plus de contrôles, dans la mesure où à Prague les grandes décisions sont prises en cercle fermé, dans des formules de gouvernement à gouvernement, sans offres ouvertes. »

« La forme de contrôle n’a pas changé mais depuis les excès faits au moment où Alexandr Vondra (ODS) était ministre de la Défense, aucun grand contrat d’armement n’a été signé. La probité politique a peut-être évolué, mais en réalité on ne voit pas un grand changement puisqu’il n’y a pas eu d’équipement important acheté. »

« Le seul contrat d’envergure conclu l’a été avec Israël pour des radars de détection pour la protection de l’espace aérien tchèque, mais on a découvert après coup que ces radars ne correspondaient pas aux standards de l’OTAN… »

« Donc c’est vrai qu’il y a toujours un peu une espèce d’incurie en République tchèque et une certaine frilosité concernant les gros contrats d’équipement – à la différence de la Pologne où les contrats se passent plutôt bien ou même de la Slovaquie qui vient récemment de passer des accords de gouvernement relativement clairs sur l’achat d’hélicoptères et d’avions de combat pour la modernisation de ses forces armées aériennes. »

Des soldats tchèques à la bonne réputation

Les Américains ont récemment rendu hommage aux soldats tchèques tombés en Afghanistan. Ces soldats, au sein de l’OTAN, ont-ils bonne réputation ?

Pas de 'caveat' pour les soldats tchèques, qui n'ont jamais émis de réserves sur leurs missions en Aghanistan

« Oui, les soldats tchèques ont une excellente réputation. Il faut voir que le point cardinal pour jauger la réputation en Afghanistan était le recours ou non au ‘caveat’, à savoir des réserves émises par des pays sur l’utilisation de leurs soldats. Par exemple, les Français ne voulaient pas être dans telle ou telle province ou ne pas utiliser telle force. Les forces armées tchèques, comme celles d’autres pays d’Europe centrale et orientale, n’ont jamais posé de limites à leurs missions. Les soldats tchèques se sont d’ailleurs retrouvés dans des provinces plutôt compliquées, à mener aussi des missions de contre-insurrection, ce qui n’est pas forcément dans leurs compétences traditionnelles, donc les soldats tchèques sont très appréciés. »

« Ce qu’il faut ajouter aussi à propos de l’Afghanistan - puisqu’on parlait plus tôt du fait d’être un bon allié ou non – il y a maintenant une vraie discussion à Prague sur ce que signifie la désengagement américain dans le pays, surtout que ce désengagement a été annoncé par Washington sans concertation avec ses alliés. La question, pour les responsables tchèques de la politique de sécurité, est de savoir si cela met les soldats tchèques dans une situation plus difficile et cela peut mener à des modifications de l’engagement tchèque en Afghanistan dans les mois et les années à venir. »

 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 12.03.2019
 
 
 

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