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Affaire de l’ancien « flic communiste » : 30 000 Tchèques ont manifesté à travers le pays

 
photo:  (La manifestation à Prague, photo: Martina Schneibergová)
 

« La Tchéquie n’est pas la Russie… On en a marre… Les communistes sont des assassins » : autant de slogans qui ont été scandés par plusieurs dizaines de milliers de manifestants réunis, lundi soir, dans quatorze villes tchèques. Ces protestations massives, remarquées également par le journal britannique The Guardian, ont été organisées pour dénoncer l’élection de l’ancien policier communiste au passé controversé, Zdeněk Ondráček, à la tête de la commission parlementaire en charge du contrôle des forces de police.

 
 

A Brno, Ostrava, Plzeň, České Budějovice, Hradec Králové ou Pardubice, bref, un peu partout dans le pays, les Tchèques sont descendus dans la rue pour exprimer leur mécontentement face à l’attribution d’une fonction parlementaire importante à un ancien « flic communiste », expression qui résume bien le parcours de Zdeněk Ondráček. Pour rappel, ce député communiste qui a, à l’âge de 19 ans, participé à la répression brutale des manifestations anti-communistes de janvier 1989 à Prague (engagement qu’il n’a d’ailleurs jamais regretté) a été, aussi paradoxal que cela puisse paraître, élu président de la commission parlementaire en charge du contrôle du GIBS, le service d’inspection des forces de police (cf. ).

Discutée depuis la fin de l’année dernière, la candidature de Zdeněk Ondráček, puis son élection à ce poste il y a quelques jours, ont suscité une vive critique d’une partie de la société. Parmi les institutions qui ont exprimé publiquement leur indignation figurent par exemple l’école de théâtre de Brno, la JAMU, ou encore l’Université Masaryk de cette même ville. Pour les professeurs universitaires de Brno, la nomination de M. Ondráček à son nouveau poste représente une « relativisation et réhabilitation du passé communiste criminel ».

Scandalisé, lui-aussi, par l’élection de Zdeněk Ondráček à la tête de la commission parlementaire, un groupe de jeunes Pragois décide alors de convoquer, via Facebook, une manifestation au centre de la capitale : finalement, cette protestation a rassemblé 10 000 personnes sur la place Venceslas. On écoute Lucie Kohoutová, une des organisatrices du rassemblement pragois :

« La nomination d’un tel homme, avec un tel passé à ce poste nous paraissait très symbolique. Nous avions l’impression d’avoir un mot à dire sur cela et nous l’avons fait, même si, auparavant, nous ne nous étions encore jamais engagés publiquement. »

Treize autres villes tchèques se sont jointes à ce mouvement de protestation. Les manifestants ont déployé des banderoles avec des slogans dénonçant la politique du parti communiste, avant et après la révolution de velours, certains brandissant des matraques en papier pour rappeler les représailles auxquelles a participé Zdeněk Ondráček. Les habitants de České Budějovice ont profité de l’occasion pour allumer des bougies au pied du monument aux victimes du communisme. Un peu partout, les manifestants ont critiqué le passé du Premier ministre et chef du mouvement ANO Andrej Babiš, soupçonné de collaboration avec la police secrète communiste, la StB. De nombreuses personnalités de la vie publique, dont les candidats malheureux à la présidence de la République, ont participé au rassemblement sur la place Venceslas. Parmi eux, l’ancienne présidente de la Chambre des députés Miroslava Němcová du Parti civique démocrate ODS, dans l’opposition :

« Je suis agréablement surprise par le nombre de gens qui se sont rassemblés ici. Ils sont conscients de la gravité de la situation, ils ont compris qu’il ne suffisait pas de râler chez eux, devant l’écran de télévision, mais qu’il fallait aussi protester dans la rue. Les choses ne bougeront pas tout de suite, car Miloš Zeman, Andrej Babiš, les communistes et le parti ANO ne quitteront pas le pouvoir aussi vite. Mais il est important que les citoyens se fassent entendre, qu’ils disent à haute voix que la liberté leur tient à cœur, qu’ils ne veulent pas vivre dans un pays gouverné par des agents de StB et des flics agressifs. Si les gens expriment leur mécontentement, on aura un espoir de changement. »

Quelque 14 000 personnes ont signé la pétition réclamant la révocation du député Zdeněk Ondráček de ses fonctions de président de la commission parlementaire chargé du contrôle des forces de police. Les organisateurs de la manifestation pragoise comptent la remettre aux députés symboliquement le mercredi 7 mars, le jour de l’anniversaire du premier président de la Tchécoslovaquie indépendante Tomáš Garrigue Masaryk.

 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 06.03.2018
 
 
 

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