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Culture sans frontières

 

130 ans depuis la naissance de František Drtikol, maître de la photographie tchèque

 
photo:  (radio.cz)
 

L’année 2013 a été marquée par le 130e anniversaire de la naissance de František Drtikol, fondateur de la photographie tchèque moderne. A cette occasion, deux expositions ont été organisées à Prague pour lui rendre hommage tout en attirant l’attention sur différentes périodes de sa production artistique. La première, au Musée de l’Art et de l’Industrie, se concentrait sur le lien entre l’œuvre de Drtikol et sa recherche spirituelle. La seconde, à la galerie et maison de vente aux enchères Vltavín, présentait ses dessins et graphiques jamais exposés auparavant.

 
 

Le fait que le Musée de l’Art et de l’Industrie (UPM) consacre son espace aux œuvres de František Drtikol n’est certainement pas anodin. L’artiste est lié avec le musée de façon intrinsèque, comme le souligne Jan Mlčoch, commissaire d’une exposition intitulée « František Drtikol : de son archive photographique » :

« Drtikol est lié avec le musée depuis le début de sa production artistique. En 1911, il a participé à une grande exposition pour célébrer le 75e anniversaire de l’invention de la photographie. Par la suite, en 1922, il a chez nous sa première exposition indépendante à la suite de laquelle il a fait don de trente-six photographies aux collections du musée. Ce don a été l’impulsion pour créer une collection consacrée à la photographie tchèque. Des expositions rétrospectives de son œuvre ont déjà été organisées au musée par la commissaire d’exposition Anna Fárová en 1972, puis par moi-même par la suite. Nous avons ici des archives très riches, car après avoir terminé sa carrière de photographe en 1935, Drtikol a offert au musée tout ce qu’il avait fait jusque-là. Cataloguer tout cela nous a pris plusieurs décennies. Au bout du compte, nous avons constaté que nous étions les propriétaires, non pas de 2 000 photographies comme nous l’avions pensé, mais de plus de 5 000. »

Dans les années 1960, l’œuvre de František Drtikol n’était pas promue par les autorités du régime communisme. Néanmoins, celle-ci n’était pas non plus complétement tombée dans l’oubli. Avant même que la commissaire et grande promotrice de la photographie Anna Fárová prépare l’exposition sur Drtikol en 1972, quatre-vingt de ses photographies ont été inclues dans la première édition du salon Interkamera en 1967, exposition internationale consacré à la technique de la photographique.

Au cours de plusieurs manifestations culturelles, le Musée de l’Art et de l’Industrie s’est efforcé de montrer la richesse des styles de František Drtikol, allant de l’Art nouveau au futurisme et à l’abstraction. Jan Mlčoch :

« La diversité de ses approches artistiques nous a amenés à exposer son œuvre à plusieurs occasions. La première exposition que j’ai organisée s’est tenue en 1989 à la Fondation Neumann, à Gingine en Suisse. Cette exposition, qui couvrait surtout la période Art nouveau de Drtikol, ses portraits, ses nus féminins et ses paysages, a également été présentée à Prague en 2000. La seconde rétrospective touchait à la période 1918-1935 et mettait en valeur le changement de style influencé par l’Avant-garde, le constructivisme ou par les impulsions de Jaroslav Rössler qui était employé dans son atelier. Néanmoins, celui-ci l’a quitté en 1926 pour s’installer à Paris et y faire la promotion de la photographie tchèque publicitaire. »

L’homme František Drtikol possède plusieurs visages. Il y a František Drtikol l’artisan dans son atelier de photographie dans lequel défilaient les personnages illustres de l’époque, comme les deux présidents Tomáš Garrigue Masaryk et Edvard Beneš. Ensuite, il y a Drtikol l’artiste, dont la facette la plus connue est celle du photographe de nus féminins. C’est d’ailleurs grâce à cette production qu’il a acquis une renommée internationale et qu’il a été récompensé à Paris :

« Aux côtés d’autres artistes tchèques, Drtikol a participé à l’exposition Art Déco à Paris en 1925, où il a reçu le Grand Prix. Suite à ce succès, en 1929, on lui a publié un grand portfolio de nus dans une édition de collecteurs. Dans les années 1930, il a acquis une bonne réputation aux Etats-Unis, où il a eu plusieurs expositions indépendantes, une expérience tout à fait inédite pour un artiste tchèque. On peut donc en conclure que, déjà dans les années 1930, Drtikol avait une renommée internationale. »

L’exposition qui s’est tenue au Musée de l’Art et de l’Industrie fin 2013 se concentrait sur un autre aspect particulier de son œuvre. Elle mettait en évidence le lien existant entre la quête spirituelle et son art. Inspiré de la mystique chrétienne, Drtikol avait développé un grand intérêt pour certaines philosophies orientales comme le bouddhisme. On écoute Jan Mlčoch :

« Drtikol était très attiré par les recherches spirituelles. Il correspondait avec Rudolf Steiner, un philosophe d’origine autrichienne fondateur de l’anthroposophie, ainsi qu’avec Ladislav Klíma, philosophe tchèque non orthodoxe. Dans les années 1920 déjà, les personnes intéressées par la mystique se concentraient autour de František Drtikol. Et à la fin des années 1920, il a vécu quelque chose qu’il qualifie lui-même d’expérience spirituelle forte, une sorte de réveil, un moment d’interconnexion avec le monde entier. Il est paradoxal que cette expérience, il l’a vécue non pas dans un temple indien, mais sur la place Venceslas au milieu de la foule. »

C’est sous l’influence de son développement spirituel que se transforme sa production artistique. En 1923, son style change. Ses photographies contiennent trois éléments - le corps nu de la femme, des formes géométriques simples, le plus souvent une ligne onduleuse, et la lumière. Ce style originel a par la suite évolué vers encore plus de simplicité, et ce sont donc ces photographies prises avant la fin de sa carrière qui étaient exposées au Musée de l’Art et de l’Industrie :

« Nous avons exposé des photographies que František Drtikol faisait juste pour lui-même et qui n’étaient pas destinées au public. Ces œuvres sont loin de sa photographie caractéristique des nus. Dans les années 1920, il a encore simplifié ses compositions en abandonnant toute décoration de l’atelier. De plus, le corps féminin n’est plus au cœur de la photographie. C’est la lumière qui gagne la place centrale. Elle est devenue l’élément clé de la photographie. »

Au fur et à mesure, les modèles féminins disparaissent de la photographie de Drtikol pour laisser place à des figures en bois. Jan Mlčoch nous livre une explication à cette évolution :

« Drtikol est arrivé à la conclusion que les proportions du corps féminin ne lui convenaient pas tout à fait. C’était à l’époque de son évolution spirituelle. Il passait beaucoup de temps à méditer. Pendant cette période, il a créé l’ensemble clé de ses photographies, « Le monde de l’âme » (« Svět duše »), qui donne énormément d’espace à l’imaginaire, où il a inventé et élaboré son propre idéal du corps féminin. Il dessinait sur des petits morceaux de bois fin un corps plus long et fin qu’en réalité, après il le mettait en compositions sophistiquées en utilisant des jeux de lumière et d’ombre. Il a écrit à propos de ses travaux de cette période, proches de la photographie abstraite, qu’il était enfin l’auteur de l’ensemble, et ce de A à Z. Il clôture sa production photographie par ce style de la photographie imaginative. »

C’est à la photographie de Drtikol à la lumière de sa quête spirituelle que s’intéressait l’exposition inédite au Musée de l’Art et de l’Industrie. Mais František Drtikol était également graphiste, peintre et dessinateur. Et c’est sur ses dessins et graphiques des années 1910 et 1920 que se concentrait l’exposition à la galerie et la maison de vente aux enchères Vltavín. Pour parler de cette manifestation, Stanislav Doležal, commissaire d’exposition et collaborateur de la maison d’édition Svět, qui a déjà édité plusieurs livres sur l’art de Drtikol :

« Dritkol est surtout connu comme photographe. Mais l’exposition qui s’est tenue à la galerie Vltavín se concentrait sur son œuvre de peintre et de graphiste. Il y avait 24 graphiques imprimées à partir des matrices originelles des années 1920. Ces matrices ont été retrouvées par hasard dans l’héritage de Drtikol et nous les avons restaurées pour en faire plusieurs impressions, très fidèles à l’apparence originelle. Le thème de l’exposition est la Terre-mère, car c’est le motif principal des graphiques. Quant aux peintures, elles sont au nombre de quinze et ont été créées pendant la Première Guerre mondiale. »

La découverte de ces matrices qu’évoque Stanislav Doležal a été une grande surprise, car la plupart des artistes, après avoir usé de leurs matrices, les détruisent. Les vingt-quatre matrices étaient si endommagées qu’un travail minutieux de restauration a été nécessaire. Malgré leur grande valeur, elles ne représentent qu’une partie du volume original des graphiques produites avec la méthode de la gravure à l’eau-forte :

« L’œuvre graphique de Drtikol était plus riche. Selon mes recherches, environ 40 œuvres originelles sont connues. En travaillant avec les matrices, nous nous sommes efforcés de maintenir la couleur ainsi que l’ambiance générale des impressions. »

Stanislav Doležal attire également notre attention sur les premiers dessins de Drtikol :

« Les dessins de Drtikol prennent une forme d’esquisse. Dans un laps de temps limité de trois ans, il en a produit des centaines, dont seules quelques dizaines ont été préservés. Mais de ces esquisses, il puisait son inspiration pour ses prochains travaux, des graphiques, ensuite de la photographie et enfin pour la peinture des années 1930 et 1940. Les dessins ont été pour lui un réservoir d’idées. Quant aux dessins à Vltavín, ils n’avaient encore jamais été exposés auparavant. »

František Drtikol reste parmi les artistes tchèques les plus appréciés et l’année 2013, avec le 130e anniversaire de sa naissance, a été l’occasion de le rappeler. De surcroît, la maison d’édition Svět a publié une monographie de l’artiste en deux volumes intitulée « Les étapes de la vie et de l’œuvre photographique » (« Etapy života a fotografického díla »). Et malgré le prix élevé de celle-ci, 6 000 couronnes (220 euros), plus de la moitié du tirage a déjà été vendue, soit environ 500 exemplaires.

 
Auteur: Redakce Radio Praha
 
Ajoutée: 14.02.2014
 
 
 

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