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Clément Dazin à Prague : l’expérience de la mort imminente en danse et en jonglage

 
photo:  (radio.cz)
 

Créé en septembre 2013, « Bruit de couloir » est un spectacle de jonglage et de danse, le premier solo de Clément Dazin, artiste français invité à la 26e édition de Tanec Praha, festival international de danse contemporaine et de théâtre de mouvement qui se tient chaque année à Prague. Dans « Bruit de couloir », Clément Dazin explore différents états émotionnels et différentes étapes de la vie en jouant avec la perception qu’a le public de l’artiste, dont les mouvements sont parfois saccadés ou lents, d’autres fois plus rapides, mais toujours répétitifs et évolutifs. Le spectacle propose des retours en arrière sur la vie d’un être humain. Ces flashbacks ne sont pas linéaires, mais se rejoignent dans la marche vers un courant de lumière qui évoque l’expérience de la mort imminente, thème sous-jacent de « Bruit de couloir ».

 
 

Pourrions-nous évoquer votre parcours professionnel ? Depuis quand vous intéressez-vous au mouvement et depuis quand faites-vous du jonglage ? « J’ai commencé la gymnastique quand j’avais six ans, cela fait donc déjà vingt-cinq ans. Mais pendant dix ans, je l’ai faite dans un club qui était très dur, et après je n’ai plus eu envie d’y rester, car je n’aimais pas. J’aimais beaucoup le mouvement, mais je n’aimais pas la compétition et le fait que ce soit trop militaire. Donc, j’ai arrêté et, ensuite, j’ai rencontré des gens qui font du jonglage et du cirque. J’ai appris à faire du jonglage à douze ans et, à seize ans, j’ai commencé à vraiment m’entraîner, d’abord avec des massues, qui sont comme une sorte d’arme, et ensuite avec les balles. J’ai fait des études et travaillé dans des domaines qui n’avaient rien à voir avec le cirque jusqu’à vingt-six ans. A cet âge-là, je suis allé à l’école de cirque à Lyon avant d’aller aux Châlons-en-Champagne au Centre national des arts du cirque (CNAC) pendant trois ans. En 2012, en troisième année, il y a un metteur en scène qui est venu. Il a créé un spectacle avec nous pendant trois mois et on a tourné avec ce spectacle pendant un an. Ensuite, j’ai créé le solo ‘Bruit de couloir’. »

Votre spectacle de 2012, « This is the end » (« Ceci est la fin »), a-t-il la fin de vos études ?

« Oui, le nom l’induit, mais ce spectacle s’appelle différemment tous les ans. Le metteur en scène a décidé d’appeler le nôtre « This is the end », parce que c’était en 2012, au moment où le calendrier maya disait que c’était la fin du monde. Il voulait parler de la fin du monde. C’est un thème qu’il a pris pour pouvoir parler de nous aussi. Comme on était beaucoup de nationalités différentes, chacun prenait le micro et répondait à la question : ‘s’il me restait cinq minutes à vivre, que ferais-je ? ».

Par rapport à votre solo « Bruit de couloir », quelle différence y a-t-il entre être sur scène avec des gens et seul ?

« Il n’y a pas la force du groupe, donc, dans un sens, le solo est peut-être un plus dur. Après, il y a moins de contraintes aussi, parce que c’est moi qui gère ce que j’ai envie de faire. Par contre, cela me demande beaucoup plus de concentration, je sais qu’il y a beaucoup de poids sur mes épaules car il n’y a personne pour rattraper mes erreurs. »

Où avez-vous puisé votre inspiration pour le spectacle « Bruit de couloir » ?

« Elle vient à force de faire du jonglage tous les jours et de vouloir faire du jonglage avec des émotions, en parlant des différents états du corps et de la vie. Comment se comporte-t-on quand on a dix ans, quinze ans, quand on est adolescent ou quand on a trente ans et que l’on a envie de réussir, et puis quand on a soixante-dix ans et que le temps passe. Le thème de la mort permettait de tout lier et, de plus, le phénomène de l’expérience de mort imminente m’intéresse vraiment. On commence juste à l’explorer. Parmi les scientifiques, il y a des personnes qui disent que cela n’existe pas, d’autres disent que si. Moi, j’aurais tendance à penser que cela existe. En tous les cas, je trouve cela intéressant de confronter chacun avec sa propre mort, aussi de se dire si elle me fait peur ou pas. »

De vos recherches sur l’expérience de la mort imminente, quels sont les éléments souvent évoqués par les gens ayant vécu ce moment ? Comment les incorporez-vous dans le spectacle ?

« Il y a plusieurs étapes qui sont presque tout le temps communes. C’est d’être dans un couloir avec une lumière vive au lointain, d’avoir une sensation de sortir de son corps et de se voir de l’extérieur, ce qui peut être angoissant ou agréable, cela dépend de l’expérience individuelle des gens. Puis, beaucoup de personnes disent voir défiler des moments de leur vie. Il y a souvent une sensation de plénitude et de bonheur parfait, c’est aussi d’avoir une sensation de vérité absolue, que l’on connaît, et on comprend tout. »

Dans le spectacle, vous représentez différentes étapes de la vie, mais sans procéder de manière linéaire…

« Non et je pense aussi qu’il y a des étapes qui, pour moi, sont claires, mais peut-être pas pour le public. L’enfance n’est pas beaucoup évoquée, mais je sais qu’à certains moments je suis un enfant, et pour moi, c’est clair. »

Comment vous représentez-vous la vieillesse ? Quels sont les attributs de l’âge ?

« Il y a la lenteur. On peut aller moins vite quand on vieillit. L’espace est réduit aussi. C’est pour cela qu’il y a des carrés dans lesquels je tourne en rond, car l’espace devient progressivement de plus en plus petit. On est plus fragile. Moi, je l’associe aussi à une certaine sagesse jusqu’à un certain point, après lequel cela se transforme vite et on devient presque un enfant. C’est ma façon d’aborder le sujet, je ne sais pas comment le voit le public. Dans le spectacle, j’ai incorporé des phrases de ma grand-mère, qui était d’accord pour que je l’enregistre quand on parlait. Elle parlait de tout à fait autre chose et, par la suite, j’ai isolé des phrases qui, pour moi, signifiaient des choses. A un moment, elle dit : ‘Cela peut durer comme ça éternellement’. En parallèle, je suis au ralenti, en train de tourner en rond. Je trouve que cette phrase est très intéressante, car elle peut être lue de plein de manières différentes, ou alors quelqu’un du public peut se dire ‘comme c’est joli que cela peut durer éternellement’, ou encore ‘allez, cela peut durer comme ça éternellement, cela commence à être un peu ennuyant, ce que tu fais’. Ou bien, cela peut être ‘ah oui, là il nous parle de la vieillesse qui tourne en rond’. Cela peut être agréable si c’est un vieux qui regarde par la fenêtre et se dit comme il est bien. Mais cela peut aussi être la phrase d’une personne malade dont la vie est prolongée quotidiennement par les médicaments. Moi, je travaille avec toutes ces versions-là et les gens peuvent choisir parmi elles. Je pense que cela laisse chacun avec sa sensation de la mort. Moi, je ne la vois pas forcément comme quelque chose de triste. Je le vois comme une fatalité, car, de toute façon, on va mourir et vieillir, mais dans chaque période de la vie, il y a des stades très agréables. J’imagine, et je l’espère, que je serai très content d’avoir quatre-vingt ans et de pouvoir lire un bouquin et d’être bien là-dedans. »

De quels instruments vous servez-vous pendant le spectacle ?

« De balles. Il y en a deux types. Des balles qui rebondissent et des balles qui ne rebondissent pas. »

Quel style de musique utilisez-vous ?

« C’est Grégory Adoir qui a fait la musique et qui est aussi venu à Prague. Il me suit en général avec le spectacle. La musique, c’est une création originale, une musique contemporaine. J’aurais du mal à la qualifier. Il y a des moments instrumentaux avec des mélodies. Puis il y a des bruits ou des sons que nous avons enregistrés. Il y a aussi différentes voix. Mais je ne crois pas qu’il s’agisse d’un style, en tout cas, ce n’est pas du rock, ni de la techno, ni du rap, ni de la musique classique. »

 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 18.06.2014
 
 
 

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