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Politique : la morale dans les chaussettes

 
photo:  (radio.cz)
 

Quelque 10 000 personnes ont participé, mercredi soir à Prague, à la marche organisée à l’occasion des 51e et 50e anniversaires respectivement de l’invasion de la Tchécoslovaquie et de la répression des manifestations contre l’occupation du pays. Pour ses participants, ce rassemblement, qui s’est achevé devant le Château de Prague, siège du président de la République, a aussi été l’occasion d’exprimer leur mécontentent quant à la situation politique actuelle.

 
 

La marche était organisée par l’association Million chvilek pro demokracii (Un million de moments pour la démocratie), celle-là même qui avait orchestré les grandes manifestations contre le gouvernement dirigé par Andrej Babiš au printemps dernier, et notamment celle qui avait rassemblé 250 000 personne sur l’esplanade de Letná, le dimanche 23 juin.

Deux mois plus tard, le décor politique est resté inchangé. Andrej Babiš dirige toujours la coalition minoritaire soutenue par les communistes, Marie Benešová le ministère de la Justice, tandis que le président de la République, Miloš Zeman, continue de faire et d’agir comme bon lui semble, comme en témoigne l’invraisemblable affaire du remplacement du ministre de la Culture. Il aura finalement fallu trois mois pour trouver un candidat dont le profil convienne à toutes les parties intéressées, et la République tchèque est probablement un des rares pays au monde où le fonctionnement d’un gouvernement a été mis en cause en raison de l’attribution du portefeuille de la culture.

Dans cette affaire, ce n’est bien entendu pas tant du financement des arts et des lettes dont il a retourné que d’une lutte d’influence entre les chefs de l’Etat et du gouvernement et la direction du parti social-démocrate (ČSSD), qui compose la coalition avec le mouvement ANO, très majoritaire au sein de celle-ci, d’Andrej Babiš.

De cette bataille d’égos, c’est finalement Miloš Zeman qui en est sorti grand vainqueur. En refusant à plusieurs reprises de nommer le candidat initialement désigné par la social-démocratie, le président de la République est parvenu à ses fins en contraignant cette dernière à trouver un potentiel ministre plus à son goût. C’est donc Lubomír Zaorálek, vieux routier de la scène politique tchèque, qui sera chargé d’occuper les fonctions, celui-là même qui, en qualité de leader du ČSSD avant les législatives en 2017, avait basé la campagne de son parti sur la critique d’Andrej Babiš et avait juré que les sociaux-démocrates ne siègeraient pas au sein d’un même cabinet avec le mouvement ANO. Deux ans plus tard, Lubomír Zaorálek, qui s’apprête donc à rejoindre un gouvernement dirigé par cet Andrej Babiš qu’il diabolisait alors, semble avoir mis de l’eau dans son vin, et pas qu’un peu :

« C’est une affaire sérieuse. Nous sommes en présence d’un président, Miloš Zeman, qui aime De Gaulle et le système de la Ve République. Le pouvoir se déplace donc de plus en plus dans les mains du président, et je pense que ce n’est pas une bonne chose pour notre pays. Il faut trouver un moyen de résoudre la crise. Et quand on vous sollicite pour apporter votre aide, vous ne pouvez pas dire ‘regardez ce que j’ai dit par le passé, cela ne me regarde plus’. »

En attendant de voir quelle sera la suite des accusations de conflit d’intérêts et de détournement de subventions européennes dont fait l’objet Andrej Babiš, c’est donc pour exprimer leur ras-le-bol de tout cela à la fois, que plusieurs milliers de Pragois ont participé à la marche qui, en ce mercredi jour de commémoration des tristes événements de 1968 et 1969, les a conduits, sans le moindre incident, depuis la place Venceslas jusqu’au Château de Prague avec un passage devant le siège du Parti communiste – situé dans la rue des Prisonniers politiques.

Là, les manifestants ont déposé un cercueil avec les noms des cinq personnes tuées par balles le 21 août 1969 par la police et dessiné leurs silhouettes sur le trottoir. Tout aussi symboliquement, ils ont ensuite porté au Château la Constitution, dont ils estiment qu’elle est violée par le président de la République. Leader du parti STAN (Parti des maires et indépendants), une des formations de l’opposition au Parlement, Vít Rakušan a été un de ceux qui a lu un extrait de la loi fondamentale du pays. Plus tard dans la soirée, dans les studios de la Télévision tchèque, il a expliqué pourquoi :

« Il y a quand même des principes et des choses plus importants que le nom du candidat aux fonctions de ministre de la Culture. Ces principes démocratiques, que mentionne la Constitution, n’ont pas été respectés par le président. Mais ce qui est peut-être encore plus triste en ce jour symbolique du 50e anniversaire des violentes actions de la police communiste contre les manifestants, c’est que le président de la République ait reçu au Château le leader du parti communiste pour discuter du projet de budget pour l’année prochaine. C’est un constat particulièrement désolant et qui dit beaucoup de choses. »

Pas plus que le Premier ministre Andrej Babiš, qui s’est contenté d’un tweet, le président Zeman n’a en effet participé, mercredi, à aucune des nombreuses cérémonies organisées un peu partout dans le pays.

 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 22.08.2019
 
 
 

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