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Tourisme

 

L’aventurier Miroslav Zikmund fête ses cent ans

 
photo:  (Kristýna Maková)
 

Si les voyages forment la jeunesse, ils peuvent également assurer une impressionnante longévité. C’est à tout le moins le cas pour Miroslav Zikmund, l’un des plus grands aventuriers tchèques qui après la Seconde Guerre mondiale a sillonné le monde avec son ami Jiří Hanzelka : ce jeudi, Miroslav Zikmund fête en effet ses cent ans, l’occasion de revenir sur la vie hors du commun de ce globe-trotter.

 

A la fin des années 1940, ni Easyjet ni Ryanair n’existaient pour faire des sauts de puce entre les pays. D’ailleurs, quand germe l’idée de voyager dans la tête des deux jeunes hommes, fraîchement diplômés d’une école d’ingénierie commerciale, ce n’est certainement pas pour faire du tourisme tranquille.

Leur projet a tout d’une expédition digne de celles des plus grands explorateurs d’antan, la motorisation en plus : c’est en effet à bord d’une voiture Tatra T87 que Miroslav Zikmund et Jiří Hanzelka partent en 1947 pour trois ans, sillonnant plusieurs pays d’Afrique avant de prendre le large vers l’Argentine et visiter la plupart des pays d’Amérique latine.

Interrogé en 2014, au moment de la sortie du film documentaire « Le siècle de Miroslav Zikmund », réalisé par Petr Horký, l’explorateur aujourd’hui centenaire était revenu sur l’entente qui régnait entre les deux hommes, une complicité sans laquelle rien de tout cela n’aurait été possible :

« Si je devais résumer, je crois que le fait d’être passé par des moments et des expériences parfois désagréables, par des dangers quasi quotidiens, ‘a forgé l’acier’, comme on dit. Je crois que c’est parce que l’on a vécu justement ces moments dangereux avec Jirka, que notre amitié a été de ce fait renforcée et consolidée. Une fois, nous avons réfléchi sur la question : ‘Et si un jour un de nous deux perdait la vie ? ou si un de nous était sévèrement blessé ? Que ferais-tu ?’. Et Jirka me dit : ‘Et toi qu’est-ce que tu ferais ? Tu chercherais un autre compagnon de route ?’ Nos deux réponses étaient catégoriques : ‘Non’. Cela aurait été la fin. La fin du voyage. »

Ensemble, Miroslav Zikmund et Jiří Hanzelka parcourent au total six continents et 114 pays au cours de leurs deux célèbres expéditions (la seconde se déroule entre 1959 et 1964). De leurs aventures naissent 22 livres, 293 récits de voyage mais aussi et surtout plus de 700 reportages pour la Radio tchèque.

Il est presque étonnant d’imaginer ces deux intrépides librement voyager à travers le monde alors que la majeure partie de la population tchécoslovaque est alors coincée derrière le rideau de fer. Mais il faut rappeler que le début de leur voyage remonte à 1947 et ils sont au Congo belge lorsqu’ils apprennent en février 1948 le Coup de Prague. Un temps d’ailleurs, Miroslav Zikmund, envisagera d’émigrer avant d’y renoncer. De manière assez paradoxale, un peu à l’image de grands sportifs tchécoslovaques à l’époque, le régime communiste doit bien s’accommoder de ces deux globe-trotters qui, après tout et sans doute bien malgré eux, contribuent à la renommée de la Tchécoslovaquie socialiste dans le monde…

Pourtant, la lune de miel s’achèvera brutalement en 1968. Les deux hommes, engagés dans le processus de libéralisation du Printemps de Prague, deviennent persona non grata après l’invasion soviétique, et ne pourront plus voyager avant la révolution de Velours. Leurs livres sont interdits de publication et les interrogatoires de la police politique (StB) sont fréquents :

« Je me rendais à chaque fois à ces interrogatoires avec une peur bleue. Cela n'avait vraiment rien de rigolo. Au dernier moment, et principalement tout juste après 1989, de nombreux volumes de ces dossiers ont été détruits, le mien inclus. Cela m’avait contrarié, parce que j'aurais aimé savoir qui me dénonçait. »

Après 1989, Miroslav Zikmund recommence à voyager : le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou encore le Sri Lanka viennent s’ajouter à son palmarès… Se penchant rétrospectivement sur les difficiles années qui suivirent leurs deux plus grandes aventures, Miroslav Zikmund envisageait en 2014 les choses de manière philosophique et détachée. Une manière d’appréhender la vie dont on peut imaginer qu’elle a grandement contribué à sa longévité :

« Il y a des choses, qui ne méritent pas d’être regrettées. Car si vous commencez à avoir des regrets par rapport au passé, vous gâchez votre bonne humeur. Cela n’a pas de sens que de regretter quoi que soit dans le passé, et dire ‘comment telle ou telle chose serait si…’. Si vous arrivez à vous débarrasser de cela, alors vous êtes libre comme un oiseau. »

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 14.02.2019
 
 
 

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