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« L’enfance à Borová a influencé toute l’œuvre du fondateur du journalisme tchèque moderne »

 
photo:  (La maison natale de Karel Havlíček Borovský, photo: Alžběta Ruschková)
 

Poète, satiriste, critique du régime austro-hongrois, politicien, grand patriote et père fondateur du journalisme tchèque moderne. Karel Havlíček (1821-1856), dit Borovský – façon de honorer son village natal de Borová, était indiscutablement l’une des personnalités tchèques les plus marquantes du XIXe siècle. Un mémorial consacré à cet homme aux multiples facettes se trouve aujourd’hui dans sa maison natale à Borová, une petite commune d’un millier d’habitants située en Bohême de l’Est. Nous vous invitons à sa découverte.

 

« Cette petite église de Borová
se dresse du haut de sa colline.
Elle m’a observé avec tristesse à travers les bois :
Est-ce toi, mon garçon ? »

C’est avec beaucoup de tendresse que Karel Havlíček décrit le petit village de Borová (aujourd’hui appelé Havlíčkova Borová) et son église gothique Saint-Guy dans le célèbre poème Tyrolské elegie (Élégies tyroliennes) qui raconte sa déportation et son séjour forcé en exil à Bressanone, une bourgade tyrolienne située sur le territoire de l’actuelle Italie. Bien qu’il n’y ait passé que ses neuf premières années, son village natal est resté à jamais un de ses lieux favoris. L’historien Ondřej Neubauer du Mémorial Karel Havlíček Borovský raconte que son enfance passé dans ce village a eu un impact déterminant sur la totalité de l’œuvre de l’artiste :

« Enfant, Karel Havlíček Borovský s’enfuyait souvent pour aller visiter l’église et la paroisse. Le prêtre Brůžek le récompensait pour ses services pendant les messes en lui prêtant différents journaux et magazines. Le clerc le prenait également avec lui pour faire des inspections dans les écoles voisines ce qui était très enrichissant pour l’enfant. A l’âge de cinq ans, Karel Havlíček a commencé à fréquenter l’école paroissiale. Il avait un instituteur très moderne à l’époque, Antonín Línek, qui enseignait aux enfants non seulement lire, écrire et compter mais aussi la musique ou encore leur racontait l’histoire nationale. Borová était un village tchécophone. Antonín Línek s’efforçait donc d’éveiller chez les enfants l’amour pour leur nation et le patriotisme, ce qui se reflète dans l’œuvre de Karel Havlíček Borovský. »

Plus tard, dans ses mémoires, l’enseignant caractérise Karel Havlíček Borovský d’un enfant « entêté » mais aussi « très talentueux ». Fils de petits commerçants, Karel Havlíček quitte en fait son village à l’âge de neuf ans pour continuer ses études tout d’abord dans les villes germanophones de Jihlava et de Německý Brod avant d’entamer des études de philosophie, puis d’entrer au séminaire à Prague. Cependant, il quitte ensuite la carrière ecclésiastique et se révolte contre le conservatisme et l’hypocrisie de l’Eglise catholique.

Une œuvre intemporelle

Karel Havlíček Borovský devient vite un grand défenseur de l’identité nationale et un journaliste de renom. Après une brève carrière dans le journal Pražské noviny (La Gazette de Prague), il fonde en 1948 son propre périodique, Národní noviny (La Gazette nationale), qui s’impose rapidement dans la société tchèque. Il est aussi élu député au parlement de Vienne. Celui que l’inspecteur général de la police autrichienne Johann von Kempen considérait comme « le plus talentueux, le pire et le plus dangereux » des patriotes tchèques n’est pourtant pas partisan d’une révolte ouverte contre l’Empire austro-hongrois. Tout au contraire, à la différence de nombreux autres intellectuels de la génération de l’année révolutionnaire 1848, il s’efforce plutôt de transformer la monarchie des Habsbourg en une fédération où tous les peuples bénéficieraient des mêmes droits. Dans ses articles et ses épigrammes, il critique résolument le régime de l’époque et s’en prend à toutes les souffrances de son peuple, comme l’évoque Ondřej Neubauer :

« Les articles dans lesquels Karel Havlíček traite de la bureaucratie ou de la corruption ou dans lesquels il explique ce qui est une commune et comment être un bon citoyen, sont très intemporels. »

Pour sa critique répétée, Karel Havlíček est condamné en 1851, sur ordre de l’empereur François-Joseph Ier, à un exil forcé à Bressanone. Bien qu’il y conserve une certaine liberté, l’écrivain y souffre de l’éloignement de sa patrie et ses amis. Ne pouvant plus pratiquer son métier de journaliste, il se tourne vers la poésie. C’est ici qu’il rédige ses trois chefs-d’œuvre : Tyrolské elegie (Élégies tyroliennes), Král Lávra (Le Roi Lávra) a Křest svatého Vladimíra (Le Baptême de saint Vladimír).

Karel Havlíček ne retourne dans sa patrie que quatre ans plus tard à la condition de rester dans sa région natale et de ne plus écrire d’articles politiques. Il est autorisé à se rendre à Prague seulement après ce qu’on lui ait diagnostiqué une tuberculose incurable. Il meurt en juillet 1856, un an après son retour du Tyrol, à l’âge de 35 ans.

A Borová, l’unique photo de Karel Havlíček

La famille de Karel Havlíček quitte définitivement sa maison natale à Borová en 1833 et déménage dans la ville voisine de Německý Brod (aujourd’hui Havlíčkův Brod). Quelques années plus tard, le bâtiment est ravagé par un incendie. Seuls les chambranles de pierre qui bordaient les portes de la maison et quelques murs restent intacts.

En 1862, six ans après la mort de Karel Havlíček, une certaine libéralisation politique permet à ses amis et ses admirateurs d’organiser, à Borová, une première commémoration dédiée au journaliste. L’événement attire près de 20 000 personnes, y compris différentes personnalités tchèques, comme le célèbre compositeur Bedřich Smetana. Depuis 1901, une statue de Karel Havlíček Borovský est érigée sur la place principale du village. D’autres copies de cette statue se trouvent dans la ville de Kutná Hora (Bohême centrale) ou encore à Chicago.

D’après Ondřej Neubauer, la maison natale du journaliste et écrivain est ensuite entièrement reconstruite et transformée, en 1931, en musée :

« A cette occasion, le sculpteur Ladislav Šaloun, auteur notamment du Mémorial de Jan Hus sur la place de la Vieille-Ville à Prague, a donné au musée un buste de Karel Havlíček Borovský. Ce buste est fabriqué en marbre blanc sur un socle en granit rouge. Rouge et blanc sont traditionnellement des couleurs slaves. »

Dans la maison, deux grandes pièces retracent la vie et l’œuvre de Karel Havlíček Borovský :

« La première partie est consacrée à la famille et au legs de Karel Havlíček Borovský. Nous pouvons y trouver également des extraits de ses œuvres et de sa correspondance. Nous possédons également l’unique photo de Karel Havlíček Borovský qui nous est parvenue jusqu’à nos jours, un daguerréotype. La deuxième partie présente ensuite la vie et l’œuvre du journaliste de manière chronologique. »

Une exposition sur les pilotes de la RAF

Une exposition installée dans la maison voisine propose de découvrir deux autres habitants célèbres du village : le sculpteur, peintre et illustrateur Viktor Dobrovolný et l’un des plus grands pilotes tchécoslovaques de la RAF Josef Stránský. Ondřej Neubauer présente cet aviateur peu connu de la Deuxième Guerre mondiale :

« En 1942, Josef Stránský a reçu la plus haute distinction britannique attribuée à l’époque aux aviateurs, la Distinguished Flying Cross, récompensant son attaque réussie sur un sous-marin allemand. Deux ans plus tard, il est mort dans un accident lors d’un raid aérien en Normandie. Il est enterré à Saint-Valéry-en-Caux. »

Un petit monument commémore Josef Stránský également à Havlíčkova Borová. Il est érigé sur une colline proposant une belle vue sur le village, tout près de cette église Saint-Guy tant admirée par Karel Havlíček Borovský…

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 07.03.2019
 
 
 

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