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Kotlaska, une oasis verte sur les hauteurs de Prague

 
photo:  (Kotlaska, photo: Thomas Perocheau)
 

Si vous en avez assez de l’horloge astronomique ou du pont Charles, un saut dans la ligne B du métro pragois jusqu’à l’arrêt Palmovka suffira pour être au pied d’un quartier aussi pittoresque que romantique, Kotlaska.

 

« Oasis verte », « îlot de verdure », voici comment les habitants aiment qualifier le quartier de Kotlaska qui a traversé l’histoire sans perdre de son cachet. Il faut remonter à l’entre-deux-guerres pour comprendre son nom. Dans les années 1930, un riche entrepreneur du nom de Gottlas fit construire une villa à Libeň que les habitants appelèrent Gottlaska. Au fil du temps le terme s’est déformé et slavisé en Kotlaska.

Mais l’Histoire n’a pas toujours été tendre avec ce quartier, comme nous l’a raconté Petr Ryska auteur du projet « Prague inconnue » ou « Praha neznámá » en tchèque qui organise des visites de ces quartiers qui échappent au temps (et aux touristes).

Si le terme de bidonville fait aujourd’hui grimacer le guide, on parle bien d’une « colonie d’urgence » (nouzová kolonie) à son apparition à la fin de la Première Guerre mondiale. En effet, en 1918, Prague devient capitale du nouvel Etat de Tchécoslovaquie. L’importance de la ville grandit très rapidement et sa population est alors de 260 000 habitants répartis dans les quartiers historiques que sont la Vieille-Ville, la Nouvelle-Ville, la ville basse, le quartier du Château de Prague, Vyšehrad ou encore le ghetto juif. Vingt ans après on compte plus d’un million de Pragois. Une des raisons de cette croissance réside dans le rattachement à Prague de 37 communes des alentours. C’est la naissance de la « Grande Prague ». Une situation qui bouleverse le paysage urbain comme nous l’explique Petr Ryska :

« En tant que capitale nouvelle, de nouveaux bureaux pour le gouvernement sont amenés à voir le jour encourageant de nombreux travailleurs à venir habiter en ville. Prague subit donc un boom démographique mais l’immobilier ne suit pas. Les nouveaux arrivants se retrouvent donc à occuper des zones de Prague peu propices à la construction d’immeubles, notamment ses collines. Les pauvres ont commencé à construire de simples maisons en briques, en pierre ou même dans de vieux wagons. »

Des zones à l’origine non constructibles qui vont donc accueillir une population pauvre en quête d’emplois. Le quartier a alors pour réputation son insalubrité et sa dangerosité. Pourtant ce n’est pas ici la difficulté majeure qu’ont rencontré les habitants du quartier comme nous le confie Petr Ryska :

« Ce qui est aussi intéressant c’est que ça n’a pas été simple de construire ce quartier. A l’époque, c’était interdit par l’Institut du développement de la ville. Les habitants du quartier de Kotlaska étaient donc obligés de construire leurs maisons à la nuit tombée. Au matin, un policier passait et infligeait une amende qui faisait office de permis de construire. Mais si jamais le policier attrapait les habitants en train de construire une nouvelle maison, la sentence était bien pire. Le policier interrompait la construction, imposait une amende plus élevée et les habitants devaient détruire leur maison puis déplacer les matériaux à un autre endroit. Dans tous les cas, comme aucune voiture ou chevaux ne pouvaient monter la colline à cause des sentiers étroits et escarpés, les habitants mettaient les briques, le sable, le ciment, l’eau, dans leurs sacs à dos et grimpaient de nuit. C’était de très mauvaises conditions pour les premières colonies. »

Pourtant, les maisons fleurissent, respectant une superficie de 32 mètres carrés maximum et une organisation quadrillée, dans laquelle les habitants semblent prendre racine sans être dérangés.

« On peut dire que les habitants de Kotlaska étaient chanceux car les terrains appartenaient au banquier Goldwurm et au docteur Urbanec, très riches et influents. C’est pourquoi le conseil municipal de Prague n’osait pas entrer en conflit avec les propriétaires et a donc fermé les yeux sur ce quartier. Mais la fin de la Seconde Guerre mondiale change la donne avec l’arrivée des communistes à Prague qui décidèrent de détruire tout le quartier de Kotlaska. Cependant, comme ils se présentaient comme les sauveurs des pauvres, ils ont dû faire cela en secret. »

Des mesures discrètes comme la suppression des accords de location qui ne poussèrent guère les habitants hors de chez eux. Finalement, la situation a perduré jusque dans les années 1980 lorsque la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer a entraîné la destruction de huit maisons. Mais ce n’est pas tout. Une fois la nouvelle ligne installée, le président de la République socialiste tchécoslovaque Gustáv Husák fut invité à l’inauguration sur la colline de Kotlaska. Husák félicita le projet mais en regardant autour, il considéra l’état du quartier comme un vestige du capitalisme, ce qui le mit hors de lui et le poussa à ordonner la destruction de ce « bidonville ».

Mais là encore, les administrateurs locaux de Prague 8 étaient dans une posture délicate ayant eux aussi fermé les yeux sur le développement du quartier. Ne pouvant plus mentir, ils décidèrent d’envoyer les habitants du quartier vers une nouvelle colonie d’immeubles préfabriqués. Toutefois, la plupart des habitants tinrent bon jusqu’à la révolution de Velours en 1989, faisant de Kotlaska l’un des trois derniers quartiers d’urgence à avoir survécu alors qu’il en existait 61 en 1930. Si l’ère communiste est bien révolue, une menace continue de peser sur les habitants du quartier alors qu’à tout moment, à la demande des autorités et sous huit jours, les habitants peuvent être amenés à devoir quitter leur logement et à le démolir. Une incertitude constante pour les habitants de ces « bâtiments d’urgence » dont l’inscription en tchèque « nouzová stavba » figure encore sur les numéros des maisons. Une situation qui risque de perdurer, comme l’explique Petr Ryska :

« Il y a des tentatives pour en faire un quartier comme les autres. En somme, il s’agit de faire en sorte que les voies de communication soient plus larges afin que la police, les pompiers ou les urgences puissent s’y rendre. Pourtant aujourd’hui il semble qu’il n’y aura pas de changement avant longtemps. »

Selon Petr Ryska, le problème réside dans l’instabilité du conseil municipal qui ne reste pas assez longtemps au pouvoir pour faire de réels changements. Ainsi, cela fait plusieurs années qu’une étude a été réalisée sans aucun résultat concret. L’Institut de planification et de développement de Prague a fait part de cette étude à Radio Prague International. Il la décrit comme plusieurs scénarios ayant pour objectifs une meilleure démarcation des espaces publics, une amélioration de l’état des bâtiments existants ainsi qu’un agrandissement des voies de communication afin de rendre les services opérationnels. Tout cela sans détériorer le caractère original du quartier. Pour le conseil municipal, ce n’est plus la priorité aujourd’hui. Les habitants, eux, ne sont pas propriétaires de leurs terrains et ne peuvent donc que demander à celui-ci d’agir. Pour Petr Ryska, le fait même qu’il y ait eu un ancien adjoint au maire de Prague qui y ait vécu sans pouvoir se faire entendre en dit long.

Un jardin communautaire pas comme les autres

Un quartier tranquille qui a un prix, celui de ne pas toujours pouvoir garer sa voiture devant chez soi, de pas avoir accès au gaz et de bénéficier de canalisations plutôt rudimentaires.

C’est pourtant là qu’ont choisi d’élire domicile de nombreux Pragois de classe moyenne mais également des organisations comme le centre communautaire et jardin collectif de Kotlaska.

C’est sous la pergola en bois et autour d’une tasse de thé que Kateřina Jirová, responsable de la programmation du centre et Veronika Friebová, représentante de l’organisme Rubikon auprès des médias, ont raconté au micro de Radio Prague International l’histoire de ce jardin au cœur de Prague 8.

« Au départ, nous avons eu l’idée d’établir un centre communautaire et donc nous cherchions un endroit où nous installer que nous avons trouvé ici, un peu par hasard. Le plus important pour nous c’était de trouver un endroit où l’on pourrait mettre en relation nos clients et les habitants des alentours. Nous avons donc trouvé ce jardin avec un petit bâtiment. Nous savons que les jardins communautaires sont populaires dans les grandes villes et nous pensions qu’en combinant jardinage et notre activité moins populaire qui consiste à aider les anciens prisonniers à se réinsérer cela pourrait être bénéfique. Ça s’est révélé être vrai ! Le lieu a beaucoup de potentiel avec ses grands arbres, son joli jardin, malgré le bâtiment qui était en piteux état et que nous avons donc rénové et rendu plus beau. »

Qui dit jardin communautaire dit collaboration et ici, tout le monde met la main à la pâte pour entretenir le terrain, ramasser les fruits et légumes et remplir le frigo du centre. Mais le jardinage n’est pas la seule activité de ce centre qui tente de créer un véritable esprit de communauté.

« Ce qu’il est important de dire c’est que le centre de Kotlaska a été établi par l’organisme Rubikon. Il s’agit d’une ONG qui travaille avec des personnes ayant un passé criminel. Nous organisons donc des activités de loisir pour les locaux ainsi que pour nos clients, c’est-à-dire des rencontres, des ateliers de jardinage. Mais également des formations professionnelles pour nos clients après leur sortie de prison où ils apprennent de nouvelles compétences. Les locaux peuvent rencontrer les anciens prisonniers ici et ensemble ils entretiennent le jardin. »

Ainsi, plus de 3000 personnes ont visité le centre depuis sa création avec une participation quotidienne qui varie entre 6 et 50 personnes selon le programme. Ouvert de quatre à six fois par semaine quant à lui, le jardin est utilisé par plus de 60 jardiniers en herbe ou expérimentés. Le défi est donc lancé depuis deux ans par l’association de faire de ce lieu un point de rendez-vous pour les habitants du quartier et cela passe par sa coopération avec plus de 20 institutions locales. Mais ce dont les organisateurs sont le plus fiers c’est de sa capacité à s’intégrer dans le quartier malgré ses activités. Comme les habitants du quartier à l’origine, l’association aide à se débarrasser d’une réputation de criminel qui peut représenter un handicap dans une réinsertion future. A la question de savoir ce qui a changé pour le centre depuis son ouverture, Madame Jirová a une réponse simple :

« Je pense que pour nous tout a changé parce que nous étions une organisation inconnue dans le quartier jusqu’alors. Je pense que maintenant nous avons de bonnes relations avec le voisinage qui apprécie cet endroit. A vrai dire, nous sommes étonnés de la vitesse à laquelle le jardin s’est développé surtout que nous avions peur de ce que les habitants du quartier penseraient de nos activités avec les anciens condamnés. Mais lorsqu’ils voient que ce sont des gens comme vous et moi, ils coopèrent avec ces derniers qui veulent changer. Les gens aux alentours voient qu’ils travaillent ici, et donc n’ont pas peur d’eux et ça, ça nous soulage car on se rend compte que c’était une bonne idée de mélanger des familles, des étudiants et nos clients. Nous connaissons nos clients, et nous savons qu’ils sont sans danger mais la population ne le sait pas et quand ils se rencontrent et cohabitent ensemble, nos clients réalisent que la société est prête à les accueillir. »

Parmi les 2259 clients de l’association Rubikon en 2018, près d’un quart a retrouvé un emploi stable en sortant de prison. Des résultats encourageants pour l’organisme qui ne ménage pas ses efforts, aidés en cela par les habitants du quartier de Kotlaska, un quartier qui évolue son rythme tout en préservant sa tranquillité et son charme d’avant-guerre.

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 27.09.2019
 
 
 

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