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Ce week-end, Prague vous invite à découvrir ses jardins secrets

 
photo:  (radio.cz)
 

A l’occasion de l’Open Gardens Weekend (víkend otevřených zahrad) qui se déroulera ces 8 et 9 juin, de nombreux jardins d’ordinaire fermés et largement ignorés ouvrent leurs portes. Parmi eux, le jardin de la maison des censeurs. Situés dans le quartier de Josefov, près du couvent Sainte-Agnès, la maison et son jardin ont connu moult destructions, reconstructions et restaurations. Une histoire riche, témoin de nombreuses époques artistiques et architecturales. Pour en savoir plus, Radio Prague a rencontré Kristýna Tesková, qui est à l’origine de l’ouverture du jardin de la maison des censeurs au public ce week-end.

 

Kristýna Tesková est étudiante en architecture du paysage à l’Université Mendel de Brno. Cette passionnée des jardins et des rues de la vieille Prague découvre la maison des censeurs par hasard, à l’hiver dernier, car l’un de ses amis y habite. C’est cet ami qui est à l’origine de la récente résurrection du jardin, jusqu’alors laissé à l’abandon depuis plusieurs décennies.

Car en effet, la maison des censeurs et son jardin, situés au numéro 5 de la rue U Obecního dvora, ont traversé les siècles. Écoutez plutôt.

« Nous avons retrouvé une architecture gothique, avec des pavages romans, qui datent probablement du XIIIe siècle. Et puis la maison a été reconstruite dans un style renaissance, puis dans un style baroque. Donc on peut dire que c’est un témoin de nombreuses périodes artistiques. »

La maison des censeurs ne devient maison des censeurs qu’en 1795. D’ailleurs, qui étaient ces fameux censeurs ?

« Le censeur s’appelait alors František Antonín Majer. Son travail consistait à lire les livres et de statuer sur l’autorisation ou non de ces ouvrages. Par exemple, si c’était un livre problématique, critique envers la monarchie, le censeur devait le brûler. » C’est également František Antonín Majer qui ordonne la construction du premier jardin, détruit depuis.

« Nous n’avons aucun plan ni aucune peinture. Mais nous avons le Langweilův model Prahy, une maquette de Prague réalisée par Antonín Langweil, et on y voit le jardin, et on peut reconnaître un kiosque. Et nous savons aussi qu’il y avait quelques statues du grand sculpteur tchèque Matyáš Bernard Braun. »

Ce sera cependant la seule trace de ce jardin baroque. Enfin, pas tout à fait. A subsisté sur l’un des murs du jardin un bas-relief représentant des raisins, qui aura résisté aux destructions et reconstructions successives. Car le jardin est détruit en 1853, quand le bureau de censure est aboli. A cette époque, la population de Josefov, l’ancien ghetto juif, décroit, et les Juifs s’appauvrissent. Le jardin est investi pour y installer des laveries et des commerces. Par la suite, entre la fin du XIXe siècle et le début du XXè siècle, Prague connaît l’asanace, cette période hygiéniste, qui a particulièrement touché le quartier de Josefov, où les conditions d’hygiène étaient décrites comme insuffisantes. L’asanace s’étendra à la Vieille Ville (Staré město), la Nouvelle Ville (Nové město) et au quartier de Malá strana. Prague est alors marquée par des destructions et des reconstructions. La maison des censeurs est elle-même reconstruite mais le jardin est laissé à l’abandon, recouvert de béton.

Aujourd’hui la maison est privée, elle est découpée en plusieurs appartements loués par des particuliers. Et cette histoire est à l’image du destin de la maison : imprévisible.

« Le père de l’actuel propriétaire, monsieur Stockl, a reçu la maison de la famille qui vivait là avant. Ils ont échangé leurs maisons [dans les années 60 ou 70]. En fait, la famille qui vivait ici n’aimait pas le style vieilli du bâtiment, ils n’étaient pas vraiment sensible au calme du quartier, ils voulaient un endroit fréquenté, de grandes avenues, être plus proches du quartier d’affaires. La famille Stockl habitait dans un quartier comme ça, et ils détestaient. Ils voulaient un endroit tranquille, du côté de Na Františku. »

Et ainisi ont-ils échangé leurs maisons. La famille Stockl s’est attelée à la rénovation du jardin, que Kristýna Tesková compare volontiers au jardin d’Eden.

« Dans le jardin, il y a deux statues de Matyáš Bernard Braun, des arbres, du lierre qui grimpe aux murs, et c’est magnifique. Il y a des fleurs, des plantes vivaces, et une vasque pour les oiseaux. C’est calme, c’est très beau… »

Et si vous ne croyez pas Kristýna Tesková, allez voir sur le site de Radio Prague, les photos parleront d’elles-mêmes. A l’occasion de l’Open Gardens Weekend, ce samedi, il y aura un concert baroque, en hommage à l’héritage baroque du jardin de la maison des censeurs. Rendez-vous ce samedi à 14h.

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 07.06.2019
 
 
 

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