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Tourisme

 

Ce que pensent les Tchèques du tourisme à Prague, et des touristes français en particulier

 
photo:  (Archives de Radio Prague)
 

Prague fait partie depuis longtemps du Top 10 des villes européennes les plus visitées. Rivalisant pour la cinquième position avec Berlin, Madrid, Barcelone, Édimbourg et Amsterdam, qui comptent toutes entre 5 et 7 millions de visiteurs par an, la ville aux cents clochers peut, en tout cas, se targuer d’une croissance continue du nombre de touristes venant fouler ses pavés d’année en année. Ce ne sont pas les restaurateurs, hôteliers, musées et autres parties prenantes de l’industrie touristique qui s’en plaindront, pourrait-on penser. Qu’à cela ne tienne, nous sommes allés leur demander leur opinion, et aussi subjectives qu’ont pu être leurs réponses, nous vous proposons un passage en revue de celles-ci. Un tour de Prague donc, partiel et partial, pour découvrir ce que pensent les Tchèques du tourisme en général, et des touristes français en particulier. Avec toujours à l’esprit un mot d’ordre : relativisez !

 

5 397 531 touristes à Prague. C’est le chiffre qu’a officiellement déclaré l’Office des statistiques tchèque pour l’année 2012, pas un de plus, pas un de moins. Ce total représente une évolution positive de 6,5 % par rapport à 2011. Les touristes restent en moyenne 3,5 jours et passent 2,6 nuits sous les étoiles de Prague. À ce propos, selon l’agence d’informations Mag Consulting, ce sont les hôtels de luxe quatre et cinq étoiles qui ont enregistré la plus forte croissance en terme de nuités (de 15 à 20 %) au cours des quatre dernières années. Il ne faut pourtant pas en déduire que le porte-monnaie du touriste moyen ait augmenté ces derniers temps. Le luxe obéit à sa propre logique, et en l’occurrence, ce serait plutôt le contraire qui se produirait : les touristes dépensent clairement moins qu’auparavant. Une évolution qui ne manque pas d’irriter ceux qui font affaires dans le tourisme. Jiři, chauffeur de voiture d’époque, propose des tours d’une heure dans Prague pour 2 000 couronnes (environ 80 €). Nous lui avons demandé de nous donner la température actuelle :

« Là, en ce moment ? Vous feriez mieux de ne pas me poser cette question, parce que je risquerais d’être très impoli. Les touristes qui sont ici n’ont pas d’argent. C’est la crise, je ne sais pas… l’euro ? »

C’est également l’avis et le vécu d’Honza, que nous avons rencontré sur Václavské náměstí, au volant de son taxi. Voici, selon lui, l’état des lieux :

« Les touristes qui sont là aujourd’hui viennent avec des groupes et c’est toujours très bien organisé. Ils ont leur propre agence de voyage (surtout ceux qui viennent de Russie), ils ne prennent pas de taxis, ils ne vont que très peu au restaurant, ils passent ici au maximum deux ou trois nuits. La période de crise actuelle n’est franchement pas propice au tourisme. Les gens ont peur de trop dépenser. Je pense que ça prendra encore du temps avant que les effets de la crise s’effacent. Par exemple, les Israéliens ne viennent plus à Prague, alors qu’on en voyait beaucoup auparavant. Il y a aussi moins de touristes allemands. Les Russes, eux, sont toujours aussi nombreux. Mais comme je le disais, c’est très organisé.

« Malheureusement, beaucoup de gens s’enrichissent par ce biais, et sans payer de taxes. À mon avis, il doit y avoir un accord qui se fait quelque part dans les hauts cercles. Ils se déplacent dans des voitures qui ne sont pas repérables (par le nom d’une agence ou autre chose). On les voit lors de voyages à Karlovy Vary, Karlštejn, Konopiště, dans les tours de Prague… Alors même qu’ils n’en ont pas l’autorisation, ils distribuent des dépliants aux touristes. Ils les importunent. J’ai vu moi-même des touristes se faire harceler par quatre ou cinq personnes sur une cinquantaine de mètres. Ce sont des Ukrainiens, des Russes, surtout des gens venant des anciens pays soviétiques. Ils font tout cela au black et touchent une commission de la part des agences de voyage. Il m’est même arrivé qu’on me pique un touriste dans ma propre voiture de taxi, parce que, évidemment, en faisant les choses en masse, ils proposent des prix très attractifs. Je ne sais pas quoi dire de plus. C’est de pire en pire. Je fais ce travail depuis vingt-quatre ans et cela ne cesse d’empirer. »

Un touriste dépense en moyenne 2 500 couronnes par jour, ce qui représente environ 100 €. Selon le ministère du Développement régional, dans 37 % des cas, les touristes viennent en premier lieu à Prague pour y faire des emplettes. 34 % disent être venus en vacances, tandis que 8 % se rendent en République tchèque pour des raisons professionnelles. Les transits représentent environ 10 % des « séjours touristiques ». Le coût de la vie en République tchèque, relativement bas comparé à celui d’autres pays européens, est en effet très attractif, notamment pour les voisins allemands. Prague est également très prisée par les jeunes, mineurs ou étudiants, en particulier par les Anglais et les Danois. La bière – et l’alcool en général, ne coûte pas cher ; la plupart des clubs de nuit sont entrée libre ; un lit en dortoir dans une auberge de jeunesse revient à 12 € : bref, tous les facteurs-prix sont rassemblés pour s’offrir un week-end festif à moindre coût. L’excès d’alcool chez ces jeunes provoque fatalement des incidents. Un policier, que nous avons interrogé sur l’île de Kampa, relativise cependant :

« Parfois il y a des problèmes, parfois il n’y en a pas. Les étrangers ne viennent pas ici juste pour causer des ennuis. Bien sûr, quand les jeunes s’amusent et font la fête, il y a des débordements, mais bon, c’est pareil pour nous, les Tchèques. Quand on va à l’étranger, ça nous arrive aussi de causer des ennuis. C’est partout pareil. »

Prague peut surtout se vanter d’offrir aux visiteurs une vie culturelle effervescente, et a contrario, le tourisme confère à la capitale l’affluence vitale au maintien de son héritage culturel. Au guichet du Théâtre des États, Katka raconte :

« Il est clair que les touristes contribuent de manière positive aux richesses culturelles de la République tchèque. Ils sont finalement très importants pour les théâtres par exemple, parce que, pour les Tchèques, le théâtre, et plus particulièrement l’opéra, sont des sorties qui coûtent assez cher. Tandis que, pour les touristes, les prix sont plus abordables. Il arrive parfois que certains soient tristes et étonnés, car on ne joue pas tel ou tel spectacle le soir où ils sont là. Ils pensent par exemple qu’on joue Don Giovanni tous les soirs, et ils donc sont très étonnés d’apprendre qu’on ne joue pas ce spectacle pendant… toute une semaine ou plus longtemps. »

Lorsque nous avons demandé quelles nationalités se rendaient avant tout à l’opéra, la réponse fut, évidemment, assez large. Il se dégage néanmoins une tendance inverse à celle de la fréquentation des casinos : tandis que ces lieux de jeux sont fréquentés presque exclusivement par des Russes et des Asiatiques, il est rare de trouver ces derniers à l’opéra, où l’on rencontre plutôt des Européens, des Américains et, en grand nombre apparemment, des Japonais.

Parmi les 5,4 millions de touristes à Prague en 2012, 4,8 millions sont venus de l’étranger, parmi lesquels 70 % de l’Union européenne (Allemands, Polonais et Slovaques en tête), suivis par les Russes (environ 9,5 %). Les Français arrivent en cinquième position avec 226 652 touristes en 2012. Certaines nationalités ont-elles plus la cote que d’autres auprès des Tchèques ? Une question délicate que nous nous sommes également permis de poser. Évidemment, les réponses ne peuvent se fonder que sur les apparences, et le nombre de personnes interrogées est loin d’être suffisant pour réaliser une étude exacte. Néanmoins, sur la vingtaine de personnes interrogées (chauffeur de bus, commerçants, serveurs de bar et de restaurant, billetterie du château, etc.), toutes ont su quoi répondre, et ce très spontanément.

À la caisse de son magasin de souvenirs, Dana confie :

« J’aime les étrangers et d’ailleurs je ne travaille qu’avec des étrangers. Mais je ne les apprécie pas tous. J’ai mes petites préférences, même si ce sont évidemment des gens à part entière. Les plus sympathiques pour moi… ce sont les Américains, parce qu’ils sont souriants. Les Allemands, ça dépend sur qui on tombe. Et les Français ? Ils sont très fiers d’eux. Ils se regardent le nombril. Ils ne veulent pas parler anglais. Ils pensent que tout le monde sait parler français. Enfin… je n’ai aucun problème avec les gens, tant qu’ils sont corrects ! »

Lenka et Veronika, deux étudiantes en job d’été au château de Prague, donnent leur inclination :

« Ceux que je préfère, ce sont les Anglais. Parce qu’ils sont polis et qu’ils se comportent bien. Ils sont souriants, sympathiques, ils font des compliments, et nous demandent souvent “comment ça va ?” » « Pour moi, ce sont les Français, mais on a du mal à les comprendre, donc avec eux, on communique avec les mains. »

La main caressant sa voiture d’époque, Jiři précise :

« Ceux que j’aime bien… les Hollandais, les Norvégiens... ouais, je les aime bien ! Les Français ? Argh, ils ne parlent pas anglais, c’est terrible. Ils sont trop patriotes. Ils me laissent me débattre en anglais pendant des heures, et à la fin, ça ne loupe jamais, ils me répondent en français, alors qu’ils savent très bien parler anglais, j’en suis sûr. Et moi, je ne parle pas français, donc ça pose un petit problème pour communiquer. C’est comme si quelqu’un venait vers moi et que je ne lui parlais qu’en tchèque : ça ne va pas ! Non, vraiment, ça ne peut pas marcher comme ça. »

À la billetterie du château, Daniel a sa petite opinion :

« Les Français ? Ils devraient apprendre à parler anglais et pardonner aux Anglais d’avoir colonisé le monde à leur place. »

Tandis qu’au musée du communisme, Ava s’indigne :

« Quand des touristes français viennent ici, ils sont arrogants, ils pensent être plus importants que tout le monde. Les jeunes, par exemple, qui sont là en voyage scolaire, ils sont insolents. Je suis désolée de dire ça comme ça, mais c’est vraiment le cas. Pour payer, ils jettent la monnaie. Pas tous évidemment, mais ça arrive. Je ne porte pas de jugement sur le pays bien sûr ; je parle des gens. Dans tout pays, il y a des gens comme ci et des gens comme ça. Mais… il m’arrive quand même souvent de rencontrer ce genre de cas. »

Le ton est tout autre à la librairie du château, où Jitka fait part de son penchant :

« J’aime beaucoup les Français, parce qu’ils ont du charme. Ils sont bien habillés, les hommes et les femmes. J’aime quand les hommes par exemple osent s’habiller en rose. Et les femmes, elles ont souvent un petit accessoire qui les arrange très bien, des bijoux et tout. Vraiment, ils sont charmants. »

Serveur au Starbucks, Filip partage le même avis : « Les Français, pour moi, ont une très belle langue. Et puis, ils ont du style dans la façon dont ils s’habillent. Ils sont… cool… okay… ! »

Alena confie, par-dessus ses cornets de glace et dans le vrombissement du réfrigérateur :

« Ils sont très gentils et je n’ai aucune difficulté avec eux. Ils sont… d’une certaine façon… heureux. Ils ne sont pas contrariants. »

Enfin, professionnelle, Věra considère :

« Si je les prends dans le contexte de ce magasin de marionnettes, ils sont très gentils. Et puis, ils aiment beaucoup le travail qu’on fait. »

Après cette litanie d’airs et de manières vus par les Tchèques, dans lesquels on se reconnaîtra, ou pas, et… que nous ne commenterons pas, il sera juste d’équilibrer la balance en réalisant un autre tour de Prague, mais cette fois du point de vue des étrangers !


Rediffusion du 05/09/2013

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 21.08.2014
 
 
 

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