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En Centrafrique, le succès du projet tchèque « L’école en jouant »

 
photo:  (radio.cz)
 

Depuis maintenant quatre ans, l’ONG tchèque Siriri œuvre à la formation de plusieurs centaines d’enseignants dans l’ouest de la République centrafricaine, à travers notamment une méthode permettant aux élèves du primaire d’apprendre à lire et à écrire dans leur langue maternelle, et non plus en français. Cofondatrice de Siriri, Ludmila Böhmová a effectué, en janvier dernier, une mission d’évaluation qui lui a permis de vérifier le succès du projet.

 

« Škola hrou » - « L’école en jouant » est le nom de cette méthode pédagogique que, chaque année depuis 2015, des groupes de formateurs s’emploient à transmettre aux enseignants dans l’ouest de la République centrafricaine, une des dernières régions encore relativement épargnée par la violence. Plusieurs bénévoles tchèques et français ont ainsi encore séjourné à Bouar et à Bozoum deux semaines durant en août dernier. Malgré la précarité de la situation sécuritaire, cet engagement reste possible grâce à la présence des missionnaires, comme l’explique Ludmila Böhmová :

« Pour nous, poursuivre notre action conserve son sens parce que nos partenaires stratégiques sont des carmes missionnaires italiens qui œuvrent en Centrafrique depuis plus de trente ans. Ils font désormais partie de la communauté autochtone et sont très respectés. Leur autorité est telle qu’ils sont sollicités par le gouvernement pour participer au désarmement des groupes rebelles et œuvrer à la réconciliation très difficile. Ils y parviennent souvent sans protection aucune. Notre sécurité est donc garantie par le fait que nous sommes les hôtes de ces missionnaires, et c’est ce qui continue de donner du sens à nos projets. »

Depuis le lancement de ce vaste projet éducatif, Siriri estime à quelque 35 000 le nombre d’enfants centrafricains à avoir bénéficié des bienfaits de cette méthode d’enseignement plus moderne que celle, traditionnelle, en français utilisée dans le reste du pays. Un nombre important mais qui passe d’abord par la formation du corps enseignant. Et là aussi, comme le précise Ludmila Böhmová, les chiffres donnent une idée de l’ampleur du projet :

« Nous travaillons avec quelque 500 instituteurs, parmi lesquels une trentaine sont, selon nous, particulièrement compétents. Cela signifie que ce sont eux qui, à terme, pourraient devenir les porteurs du programme en cours. Ils ont toutefois encore besoin d’être formés pour devenir des lecteurs d’un niveau qui nous permettra de leur transmettre la responsabilité de la gestion du programme. »

A travers différents outils, et notamment un manuel des grands principes pédagogiques et un syllabaire développé avec des instituteurs et des pédagogues centrafricains et tchèques, Siriri permet donc aux écoliers centrafricains d’acquérir les bases de l’éducation primaire dans la langue qui leur est la plus familière :

« Si la Centrafrique possède un des pires taux d’alphabétisation au monde, c’est entre autres raisons parce que l’atmosphère dans les écoles n’est pas bonne. Comme dans d’autres pays africains, le problème est que l’enseignement se fait en français, alors que les enfants qui rentrent en primaire et doivent apprendre à lire et à écrire, ne savent parler que leur langue maternelle qui est le sango. Or, personne n’aidait les instituteurs à discerner ce problème qui n’est d’ailleurs pas propre à la Centrafrique. Les études de l’UNESCO confirment que l’enseignement est de meilleure qualité lorsqu’il est dispensé aux enfants dans leur langue maternelle. »

Ancien directeur de Siriri, Fabrice-Marin Plichta a, comme Ludmila Böhmová, lui aussi été confronté à cette réalité lors de ses séjours en Centrafrique :

« Le sango est la seconde langue officielle en Centrafrique, puisque la première est le français. Première sur le papier puisque les gens parlent plutôt sango à la maison et dans toutes les activités quotidiennes. Les enfants sont très perturbés quand ils rentrent à l’école puisque l’enseignement, en principe, se fait en français dès le premier jour dans les écoles centrafricaines. C’est pour cela que nous avons développé ce programme qui vise à lutter contre l’analphabétisme qui a tendance à augmenter au Centrafrique, car plus de la moitié des enfants ne finissent pas l’école primaire qui dure six ans, faute de comprendre ce qu’il se passe en cours. »

Et le programme porte ses fruits, comme Ludmila Böhmová en a eu une nouvelle fois la confirmation en début d’année :

« Nous laissons aux enseignants le temps d’apprendre à travailler avec notre méthode, puis nous nous rendons tous les six mois en Centrafrique pour une mission d’évaluation. Nous constatons alors les progrès des élèves directement dans les classes. Les progrès sont tels que le ministère de l’Education centrafricain, auquel nous avons montré des vidéos, a fait part de son intérêt pour notre programme. Des discussions sont désormais en cours de façon à intégrer cette méthode de travail au programme éducatif officiel centrafricain. »

Il y a deux ans de cela, le père Aurelio Gazzero, un carme missionnaire qui œuvre en Centrafrique depuis une vingtaine d'années, était passé à Prague et nous avait alors donné un exemple de réussite de ce programme d’éducation :

« Un jour, un parent est venu me voir pour me dire qu’il avait voulu retirer son enfant de l’école au début de l’année parce que le fait qu’il n’y ait que le sango ne lui plaisait pas. Et à la fin de l’année, il en était très heureux parce que son enfant travaillait beaucoup mieux et était bin plus éveillé que ses frères et sœurs qui avaient suivi l’école avec l’ancienne méthode. Et même l’inspecteur, quand il est sorti de sa visite officielle, est ressorti en affirmant qu’il pensait être dans une classe de niveau cinquième, alors qu’il était dans une classe

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 19.02.2019
 
 
 

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