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L’école primaire à 7 ans, une pratique courante en Tchéquie

 
photo:  (Photo illustrative: Štěpánka Budková)
 

Ils étaient près de 137 000 de futurs écoliers à être officiellement inscrits, au printemps dernier, en classe préparatoire, appelée en République tchèque la 1e classe. Mais en réalité, environ 20% d’entre eux n’intègrent finalement pas la « první třída » ce lundi, leurs parents ayant décidé de retarder d’une année leur entrée à l’école primaire. Coup de projecteur sur ce phénomène rare voire inexistant dans d’autre pays, tantôt critiqué, tantôt défendu par les pédagogues et psychologues.

 

« Notre fils a eu six ans début juillet. Toutefois, nous avons décidé de prolonger d’une année supplémentaire sa scolarité à l’école maternelle à Prague, car il aurait été parmi les plus jeunes du CP. Les autres enfants inscrits cette année dans notre école nous paraissaient, à ma femme et moi, beaucoup plus mûrs, surtout physiquement. Beaucoup d’entre eux ont déjà sept ans. Alors même si notre fils a passé tous les tests psychologiques avec de très bon résultats, il nous paraissait plus lent et moins bon en sport que ses futurs camarades de classe. Nous n’avons pas voulu prendre le risque de le voir être le dernier de sa classe. »

L’expérience de Freddy Valverde, lui-même d’origine hispanophone, est partagée par beaucoup de parents tchèques : leurs enfants en âge d’intégrer le CP s’y retrouvent fréquemment avec des camarades qui ont un an de plus. Parfois, l’écart d’âge entre les petits écoliers peut être encore plus important. Une situation déstabilisante pour les parents face à laquelle Freddy et son épouse ont réagi en profitant, eux-aussi, de cette possibilité offerte par la législation tchèque, celle de retarder d'une année l'entrée à l'école de leur enfant.

Précisons qu’en République tchèque, les enfants accèdent à l’école élémentaire lorsqu’ils ont fêté leur sixième anniversaire. Autrement dit, seuls les enfants nés avant le 31 août 2013 peuvent entrer en CP à la rentrée 2019. Lorsqu’ils sont nés ne serait-ce que le 1er septembre, ils sont obligés d’attendre un an pour être scolarisés, où alors leur entrée en CP est considérée comme anticipée et doit être recommandée par un psychologue.

En revanche, les parents d’un enfant de six ans peuvent donc demander un report de son entrée à l’école à la rentrée suivante. Une possibilité dont ils profitent dans des situations diverses, en cas de déménagement par exemple ou de maladie grave dans la famille, ou encore, comme nous l’avons déjà dit, lorsque l’enfant ne leur semble pas « prêt » à la scolarisation, émotionnellement ou intellectuellement.

Nécessité ou caprice ?

Petra Juhanová est maîtresse dans une école maternelle du IIe arrondissement de Prague. Selon son expérience, le report de la scolarisation des enfants de six ans est justifié dans la majorité des cas et il ne s’agit pas là d’une simple lubie des parents.

« Nous collaborons avec un cabinet de psychologie pour évaluer, en janvier de chaque année, si les enfants en dernière année de maternelle sont prêts à être scolarisés. Ils passent des tests de base et s’il s’avère que l’enfant a des difficultés dans tel ou tel domaine, nous consultons la situation avec les parents qui peuvent ensuite aller voir le psychologue avec leur enfant pour des tests plus détaillés. Souvent, ces enfants ont des problèmes au niveau de la motricité graphique, de l’audition ou de la perception visuelle. Entre janvier et avril, où se passent les inscriptions, nous avons encore le temps d’améliorer certaines choses. Nous pouvons recommander aux parents de retarder d’un an l’entrée au CP de leur enfant, mais c’est toujours à eux de décider. »

En 2014, environ 21 000 enfants âgés de sept ans et plus fréquentaient les classes de CP dans les écoles tchèques. Au cours des cinq dernières années, leur nombre a augmenté à 25 000. Présidente de l’Association des directeurs des écoles primaires, Hana Stýblová confirme cette tendance : « Les enseignants ont du mal à composer des classes de CP, lorsqu’ils ont des élèves de cinq ans qui ont commencé leur scolarité de manière anticipée, puis des enfants de six et de sept ans », constate-t-elle.

Pour sa part, Petra Juhanová n’a pas remarqué une hausse flagrante d’enfants qui entrent à l’école plus tard que prévu. Dans son école maternelle, spécialisée dans l’intégration des enfants ayant un handicap physique ou mental, une dizaine d’enfants sur un total d’environ 40 écoliers voient chaque année retarder leur entrée en CP. Soit ils restent à l’école maternelle, soit ils fréquentent des classes d’adaptation qui existent dans certaines écoles élémentaires.

Enseignante en maternelle depuis plus de trente ans, Petra Juhanová a toutefois vu apparaître, ces derniers temps, certains problèmes qui compliquent, estime-t-elle, la préparation des enfants à l’école :

« Ce que j’observe notamment, c’est une montée en flèche du nombre d’enfants qui souffrent de troubles du langage. Les parents sont assez indifférents à ce sujet, ils sont peu nombreux à suivre un traitement avec leur enfant, que ce soit ici à l’école maternelle ou chez un orthophoniste. Les troubles du langage et les problèmes de motricité sont liés au fait que les enfants n’ont pas assez d’activité physique. Ce que j’observe aussi, c’est que beaucoup d’enfants ne savent pas utiliser les ciseaux, travailler la pâte à modeler, tenir correctement un crayon. Les parents et les grands-parents passent moins de temps avec les jeunes enfants que dans les années 1980 par exemple, cela est dû à un autre rythme de vie et de travail. Aussi, nous accueillons de plus en plus d’enfants d’origine étrangère. Souvent, ils ne peuvent pas être admis au CP à l’âge de six ans, car ils ne parlent pas suffisamment bien le tchèque. »

Tous les enfants sont prêts à apprendre

Toujours est-il que l’entrée à l’école des enfants qui fêtent leur sixième anniversaire pendant les mois d’été qui précèdent la rentrée scolaire est fréquemment déconseillée aux parents par les maîtresses des écoles maternelles tchèques, en raison de leur prétendue immaturité. Cela concerne en particulier les garçons, considérés souvent comme « trop lents », « peu concentrés », ou « trop joueurs ».

A cela s’ajoute la peur de certains parents d’un échec scolaire qui puisse marquer l’enfant, estiment-ils, pour le reste de sa vie. Dans cette situation, de nombreux spécialistes, tchèques et étrangers, posent plutôt la question de savoir comment rendre les programmes éducatifs accessibles et adaptés à tous les jeunes enfants.

Car comme le constate par exemple la psychologue américaine Deborah J. Stipek dans l’un de ses articles accessibles sur Internet : « Manifestement, tous les enfants, quel que soit leur âge, sont ‘prêts à apprendre’. La question importante n’est pas de savoir si un enfant est prêt à apprendre, mais plutôt ce qu’il est prêt à apprendre. »

 
 
Auteur: Český rozhlas Radio Praha
 
Ajoutée: 02.09.2019
 
 
 

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