La tâche à accomplir par les guides de la renaissance nationale au début du dix-neuvième siècle était difficile : faire revivre la langue tchèque qui était en train de perdre son combat avec l'allemand majoritaire. Il fallait créer un vocabulaire scientifique, une classe d'intellectuels, soutenir la culture tchèque, les sciences, les arts, et aussi l'industrie tchèque.
Les acteurs de la renaissance nationale se sont appuyés sur la solidarité slave, tout particulièrement avec la Russie, et l'histoire, avec le rappel des grands moments de l'histoire tchèque. Progressivement, les exigences culturelles de la nation tchèque cédèrent la place aux exigences politiques : l'égalité des droits de la langue tchèque avec ceux de la langue allemande, la reconnaissance institutionnelle et le renforcement de l'unité des pays de la Couronne de Bohême ou la décentralisation locale.
Le système rigide de la Sainte alliance, refusant toute réforme, ignorant les demandes de libéralisation et de démocratisation de la société, fit éclater en 1848 des révolutions dans toute l'Europe. Au cours de la même année se soulevèrent Palerme, Naples, Paris, Milan, Prague, Vienne et toute la Hongrie. En Allemagne, le parlement provisoire se réunit pour discuter de l'unification de l'Allemagne. Il avait à décider entre deux conceptions d'unification – une petite ou une grande Allemagne, choix qui concernait également les intérêts de la nation tchèque.
Au mois de mars 1848, le chancelier Metternich dut démissionner. Un mois plus tard était proclamée la première Constitution autrichienne, la "Constitution d'avril". L'Autriche fut saisie d'une vague de révoltes – à Vienne, en Hongrie, dans la partie autrichienne de l'Italie. Finalement la monarchie fut sauvée par l'armée et par ses généraux – Radecký en Italie, Windischgrätz à Prague, Jelačič en Hongrie.
Le parlement, qui devait discuter de la libéralisation dans les pays tchèques, se réunit à Vienne puis, du fait de la révolution, se déplaça en Moravie, à Kroměříž. Les députés représentants les nations slaves faisaient face aux exigences des libéraux allemands qui demandaient l'intégration de l'Autriche dans l'Allemagne suivant l'idée d'une Grande Allemagne.
Les députés tchèques František Palacký et František Ladislav Rieger défendaient la politique de l'austroslavisme, d'une Autriche forte et indépendante, fédéralisée et organisée sur la base de l'égalité des nations.
Dans le cas de l'intégration de l'Autriche dans l'Allemagne réunifiée, ils craignaient la dissolution de la nation tchèque dans une "mer allemande".
Le 2 décembre 1848, après que la plus grosse vague révolutionnaire se soit un peu calmée, Ferdinand Ier, surnommé "le Bon" par les Tchèques, abdiqua. François Joseph Ier, son neveu, qui ne portait pas le poids des promesses "irréalisables" de la période révolutionnaire, monta sur le trône à la place de l'empereur faible d'esprit. Le nouveau souverain chargea l'armée de disperser le parlement réuni à Kroměříž où il préparait une constitution. En décembre 1851, par décision de l'empereur, la constitution fut suspendue. De la révolution de 1848, il ne resta plus que l'égalité devant la loi, l'abolition du servage, la liberté religieuse et, dans une certaine mesure, la décentralisation locale.
Les années 1850 ont été marquées par l'absolutisme de Bach, d'après le nom du principal représentant du gouvernement, le ministre Alexandre Bach. L'époque fut caractérisée par une limitation des droits politiques, la centralisation du système administratif et le favoritisme vis-à-vis de l'Eglise catholique suite à l'accord avec le Vatican en 1855. D'un autre côté, l'Etat s'efforçait de soutenir le développement industriel et commercial.
Le régime fut obligé de procéder à des réformes en raison de la débâcle en Italie du Nord. Il avait échoué parce qu'il n'était pas suffisamment fort pour empêcher l'unification progressive de l'Italie. Les défaites de Magenta et de Solferino ainsi que l'état catastrophique des finances forcèrent les représentants du pouvoir à appeler les représentants de la bourgeoisie à prendre part aux décisions. L'Autriche absolutiste se transforma définitivement en monarchie constitutionnelle. Mais la constitution de février fut de nouveau déclarée par octroi. Comme les deux précédentes, elle ne fut pas approuvée par les députés élus. Elle apporta toutefois un certain renouveau dans la vie politique en Autriche.
Le Conseil d'empire ainsi créé comprenait deux chambres : celle de l'aristocratie et la Chambre des députés. Les nations de la monarchie obtinrent la possibilité de défendre leurs intérêts. Le Programme national tchèque entendait obtenir l'égalité nationale, des droits civiques et une large décentralisation.
L'Autriche s'efforçait toujours de mettre en œuvre l'idée d'une unification allemande, ce qui conduisit à une rivalité avec la Prusse, puis, logiquement, à la guerre. La bataille de Sadowa, près de Hradec Králové en 1866 fut remportée par la Prusse. En dehors des retombées internationales, comme le retrait de l'Autriche d'Italie et d'Allemagne, la guerre perdue eut de graves conséquences en politique intérieure.
Il en résulta "le règlement austro-hongrois". L'empire fut divisé en deux parties : la Cisleithanie autrichienne et la Transleithanie hongroise, deux parties où le pouvoir décisionnel revenait respectivement aux Allemands d'une part et aux Hongrois d'autre part. Les deux parties étaient liées par la personne du souverain ainsi que par le domaine commun des affaires militaires, internationales et financières.
La constitution de décembre 1867 laissa au souverain une position forte : sacré, intouchable et n'ayant de compte à rendre à personne avec le droit d'émettre des décrets lorsque le Conseil d'empire ne siégeait pas. Au début, le droit de vote n'était ni général ni égal. Le droit de vote universel pour les hommes n'a été appliqué pour la première fois aux élections parlementaires qu'en 1907.
Le règlement austro-hongrois avait oublié les revendications tchèques. En réaction, de grands rassemblements populaires furent organisés dans des lieux de mémoire liés à l'histoire tchèque – Říp, Vítkov, Blaník.
En 1871, les représentants tchèques négocièrent avec le gouvernement autrichien des "articles fondamentaux". Il s'agissait d'un projet de règlement tchéco-autrichien, mais dans une union plus étroite que celle existant entre la Hongrie et l'Autriche. Les compétences du parlement tchèque furent renforcées, un gouvernement local instauré et le royaume partagé en deux parties, tchèque et allemande. Le projet se heurta au refus des Allemands de Bohême et au vif mécontentement des Hongrois. Le gouvernement tomba et le règlement tchéco-autrichien avec lui. L'échec des négociations amena les partis politiques tchèques à poursuivre dans leur opposition passive en refusant de participer aux travaux du parlement local et du Conseil d'empire.
La politique d'opposition passive prit fin en 1878, quand les partis politiques réalisèrent qu'en participant aux décisions, ils gagneraient davantage qu'en s'abstenant. La nouvelle approche sous forme de faibles concessions de la part de l'Etat fut appelée, avec mépris, la "politique des miettes". C'est František Ladislav Rieger qui lança cette expression malheureuse quand il voulut mettre l'accent sur les apports et les bénéfices de la politique active des partis tchèques. Il s'agissait par exemple de la scission de l'Université de Prague en une Université Charles tchèque et une Université Ferdinand allemande, de l'émission de réglementations linguistiques qui permettaient d'utiliser la langue tchèque pour comuniquer avec l'administration, etc.
La représentation tchèque, à l'origine unie, se divisa en deux courants : les Vieux-tchèques plus conservateurs et les Jeunes-tchèques plus radicaux. La dernière tentative d'un règlement tchéco-hongrois, lancée par les Vieux-tchèques en 1890, échoua du fait du refus catégorique des Jeunes-tchèques et du manque d'intérêt de la population.
Au fil du temps, les relations entre les Tchèques et les Allemands se détériorèrent de plus en plus. Les Allemands représentaient environ un tiers de la population en Bohême et en Moravie. Dans certaines régions, tout particulièrement dans les régions frontalières, les Sudètes, ils formaient même une majorité homogène. Les Tchèques voulaient maintenir l'indivisibilité du pays et obtenir l'utilisation de la langue tchèque aussi bien dans les rapports de la population avec l'administration mais aussi entre les administrations elles-mêmes.
Les Allemands, en revanche, s'efforçaient de créer un territoire allemand autonome en Bohême et à diviser toute l'administration en institutions tchèque et allemande tout en gardant l'allemand comme langue officielle. Les conflits virent le jour en raison de l'incompatibilité des revendications des deux partis. Après le boycott du travail du parlement national par les Allemands de Bohême et l'aggravation des problèmes financiers du pays, la gestion décentralisée en Bohême fut suspendue par des décrets impériaux en 1913. La gestion du pays fut attribuée, de manière anticonstitutionnelle, à une commission administrative.
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